Contexte de la mise en place de la dictature

Publié le par U Palatinu

La dictature commence en 1957 dans un pays doté, depuis 1867, d’une Constitution si imparfaite qu’elle était susceptible d’enfanter à tout moment un pouvoir totalitaire. Deux éléments problématiques :

  • le Président de la République a un pouvoir immense, un droit de veto sur presque tous les sujets ;
  • le Premier ministre et le Ministre de l’Intérieur ont de grands pouvoirs, presque équivalents.

Le Président de la République était Raphail Tornolk. Débonnaire et inoffensif, celui-ci avait juste assez d’intelligence pour se rendre compte qu’il n’avait pas l’intelligence pour diriger un pays.

Malgré ses pouvoirs immenses, il ne prenait jamais aucune décision, laissant le Premier ministre s’occuper de tout. Il était reconduit tous les dix ans depuis 1910, date à laquelle il avait succédé à son père à 31 ans, par une Assemblée Nationale trop contente d’avoir à sa disposition ce bibelot quasi énuque qui inaugurait des chrysanthèmes depuis tant d’années que le peuple avait fini par oublier qu’il avait largement de quoi imposer sa loi s’il l’aurait souhaité. C’était devenu une sorte d’accord tacite entre les différents partis que d’éviter de laisser l’un d’entre eux au poste suprême et de déséquilibrer durablement la politique.

De 1910 à 1956, les gouvernements se suivent, de l’un ou de l’autre des quatre partis, les politiques se battant pour dominer l’Assemblée Nationale ou le Conseil d’Etat, mais ne présentant jamais personne à la Présidentielle, contre l’innocent et inamovible Tornolk.

Période

Gouvernement

Parti

Notes

1910-1915

Gouvernement Lodlir

PPA

Vieil ennemi de Tornolk père. Climat exécrable

1915-1920

Gouvernement Illoutzsoig

PPA

 

1920-1925

Gouvernement Cercanolk

PCM

 

1925-1935

Gouvernement Illoutzsoig

PPA

Second mandat. Prolongation exceptionnelle

1935-1938

Gouvernement Miolinsk

PCM

Interrompu par l’arrestation de Miolinsk

1938-1941

Gouvernement Keldernolk

PPM

Interrompu par la mort de Keldernolk en 1941

1941-1946

Gouvernement Guettercirlz

PPM

 

1946-1951

Gouvernement Guettercirlz

PPM

Second mandat

1951-1956

Gouvernement Dijgolk

PCS

 

1956-

Gouvernement Raggolk

PPA

 

 

En 1956, peu après l’élection du gouvernement Raggolk, le Président annonce qu’il démissionnera en 1959 le jour de son quatre-vingtième anniversaire. Sans enfant ni héritier désigné, sans personne d’évident pour lui succéder, la nouvelle a l’effet d’une bombe et chacun comprend qu’une page est en train de se tourner. Pris de court, les partis commencent à réfléchir à la "question de la décennie" mais le jour arrive beaucoup plus vite que prévu lorsque Raphaël Tornolk décède subitement en 1957, deux ans avant la fin annoncée de sa Présidence.

Lors du décès de Tornolk, la situation politique est la suivante :

  • Le PCS : Derrière Dijgolk, le parti se remet mal des échecs de sa mandature précédente. Seul parti à proposer une réécriture de la Constitution, il est beaucoup trop réformiste pour espérer remporter seul une élection de cette ampleur.
  • Le PCM : Parti non organisé qui vient à peine d’éliminer de ses rangs ses éléments les plus douteux. Pas vraiment de base militante. Son chef, Riogat, s’est allié pour la circonstance au PPA dont il a permis la victoire aux élections de 1956 en échange du portefeuille du Ministère des Affaires Etrangère. Seul, il ne représente rien.
  • Le PPM : Avec des cadres presque tous sexagénaires, le PPM fait figure de parti usé, sans perspective, qui ne vit que dans le souvenir des excellents mandats Guettercirlz. Ce dernier, homme d’état remarquable, fait figure d’homme providentiel dans un parti qui se repose entièrement sur lui. Mais Guettercirlz devient vieux, et il n’y a pas de relève…
  • Le PPA : Parti majoritaire, le PPA a nettement le vent en poupe en 1956. Face aux trois autres partis, le PPA semble bien parti pour remporter cette élection capitale. Encore faut-il qu’il parvienne à triompher de ses divisions internes, et à désigner un candidat unique qui fasse consensus…

C’est du PPA que vont partir les coups. Si le PCS désigne Dijgolk, le PCM Riogat et le PPM Guettercirlz, le PPA lui, ne désigne personne, ses barons se livrant à une guerre sans merci pour se discréditer les uns les autres. Guettercirlz, épuisé, retire sa candidature sans qu’aucun successeur ne soit proposé, et Riogat, sommé de choisir entre sa candidature et son portefeuille ministériel, reste dans l’indécision. C’est dans ce contexte affreusement tendu de défiance que le Conseil d’Etat décide de repousser les élections d’un mois.

C’est là qu’intervient Molitzs Ecilnolk…

À quarante-quatre ans, Ecilnolk, homme politique surdoué, est Ministre de l’Intérieur, sous l’étiquette PPA depuis 1956. C’est un ambitieux aux dents longues, un fin manipulateur qui a su très habilement se tenir à l’écart des grotesques querelles internes de son propre parti. Contrairement à la plupart, il a conscience que l’Etat tout entier est à rénover en profondeur, la Constitution à réécrire, et il entend bien se positionner comme sauveur. Il hait les barons de son propre parti, tant pour leurs querelles d’ego que pour leur incompétence globale. Il a une vision d’homme d’état, et il entend bien l’imposer. Un homme remarquable dont le seul point faible était d’être beaucoup trop sûr de lui.

Un an plus tôt, il a réalisé un coup de maître en se faisant nommer Ministre de l’Intérieur, et en réussissant à faire nommer un de ses frères à la Justice, un autre à la Défense, et le dernier comme Vice-président du Conseil d’Etat !

Alors que le pays est paralysé par des grèves, que plus personne n’a plus confiance en plus personne, Ecilnolk décide de se servir de ses prérogatives spéciales pour nommer, pour une période de trois mois, un Président par intérim, chargé, en réalité, de faire passer toutes les mesures impopulaires qu’il ne peut se permettre de prendre en son nom propre, pour ensuite espérer être lui-même Président et entreprendre la modernisation qu’il appelle de ses vœux.

Son choix se porte sur Ibzig. Leader du fantomatique Parti Hégémoniste, quasi inconnu du grand public, il est un des deux seuls députés de son parti, l’autre étant Edralat. Toutefois, cela suffit pour permettre sa nomination comme Président par intérim, en dépit de l’incompréhension générale.

Les premiers jours sont calmes. Ibzig crée le Ministère de l’Information à la tête duquel il nomme Laïgelir, et met Edralat au Ministère de l’Armée. Aucune décision majeure n’intervient, hormis une lettre ouverte de Riogat (toujours Ministre des Affaires Etrangères) pour dire "qu’il n’est pas sûr d’approuver".

Puis, Ecilnolk meurt dans un étrange accident. Peu après, c’est son frère Làurenc, Ministre de la Justice qui meurt à son tour. Ibzig, sur conseil de Laïgelir, les fait remplacer par Lionk et Altzsol, deux opportunistes venus du PPM dont Laïgelir s’assure aussitôt de la fidélité au nouveau maître du pays.

Le soir même de sa nomination, Lionk proclame officiellement Ibzig comme Président de la République pour cinq années, confortant ainsi la décision d’Ecilnolk. Le malheureux Raggolk, toujours Premier ministre, pris entre le marteau et l’enclume, que sont Ibzig et Lionk, n’a pas d’autre choix que de s’abstenir.

La dictature vient officiellement de commencer.

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