Contexte du bain de sang de Sprodj

Publié le par U Palatinu

Durant les premières années, il ne se passe rien, ou presque. Le pays, tout doucement, devient de plus en plus autoritaire. Laïgelir fait interdire certains journaux. La peine de mort, abolie sous Guettercirlz, est rétablie à titre exceptionnel. Le Conseil d’Etat tient de moins en moins compte de l’avis de l’Assemblée Nationale, insidieusement réduite au rôle de chambre consultative. Des portraits d’Ibzig commencent à envahir l’espace public.

Puis, au début de l’année 1960, Ibzig et Laïgelir font interdire les partis politiques et exigent de ceux-ci une soumission complète ! Le régime prend clairement un virage beaucoup plus autoritaire.

Le premier parti à se soumettre est le PPM qui, déboussolé par la mort de Guettercirlz l’année précédente, et par la présence de plusieurs de ses membres au sein du gouvernement, n’est pas en état de résister.

Au PCM, coincé par son encombrant Ministère des Affaires Etrangères, Riogat essaie de gagner du temps en sollicitant une AG qu’il fait reporter au tout dernier moment. Par ces manœuvres, il espère ainsi que quelqu’un d’autre résoudra le problème sans qu’il n’ait à mouiller sa chemise.

Au PPA on hésite, on réfléchit pour savoir comment tirer son épingle du jeu à moindre frais.

Mais c’est du PCS que part l’étincelle, de René Dijgolk, plus précisément…

Né en 1905, consciencieux, travailleur, non charismatique, Dijgolk gravit laborieusement les échelons de son parti, le Parti Conceptualiste Structuré, jusqu’en 1951 où il est élu Premier ministre avec une courte majorité. Honnête et discret, il ne fait pas de vague et se fait pas remarquer, sinon pour quelques échecs pourtant mineurs, mais qui lui coûteront sa réélection en 1956. Il n’a pas le génie machiavélique d’Ecilnolk ou l’intelligence aigüe de Guettercirlz, mais possède néanmoins un solide bon sens et la conscience que quelque chose doit être fait. Dès les débuts, il s’oppose, parfois seul, à l’autoritarisme du nouveau régime, multipliant, avec quelques autres, les motions pour s’opposer.

Le 4 janvier, à l’occasion de la reprise des travaux de l’Assemblée Nationale, il apostrophe violemment Raggolk, le Premier ministre fantoche depuis trois ans, à s’opposer aux décisions du régime. C’est précisément ce coup d’éclat qui provoque l’interdiction des partis politiques.

Dijgolk refuse catégoriquement de se soumettre et décide d’organiser une grande manifestation à Larana. Ibzig l’avertissant qu’il fera intervenir l’armée en cas de manifestation dans les murs de la capitale, Dijgolk cède pour la toute dernière fois en déplaçant le lieu de la manifestation à Sprodj, deuxième ville du pays.

Celle-ci a lieu le 7 février 1960, unissant bien largement au-delà du seul PCS. C’est un grand rassemblement populaire de presque 100.000 personnes qui a lieu ce jour-là à Sprodj, auquel adhèrent même les autorités locales. Le mot d’ordre de la manifestation n’est pourtant même pas le départ du dictateur, mais simplement l’abandon de certaines dispositions.

Grisé par son succès, Dijgolk et son noyau dur décident de ne pas se retirer tant qu’Ibzig et les siens ne leur auront pas donné satisfaction. La réaction du pouvoir ne se fait pas attendre : le 8 février, les chars déferlent sur Sprodj. Dijgolk en réchappe par pure chance, mais le bilan est horrible. Plusieurs centaines de morts immédiats, écrasés par les chars, par les tirs d’obus ou les rafales d’armes automatiques. Les hélicoptères procèdent à des grenadages de chlore. L’avenue principale de la ville est ravagée. Dans les jours qui suivent, les exécutions sommaires se comptent par centaines.

Riogat envoie un courrier à l’ONU pour dire qu’il n’est pour rien dans les derniers événements qu’il n’approuve pas. Il est arrêté, au même titre que Raggolk, et tous deux sont emprisonnés. Curieusement, ils conservent leurs titres de ministres, mais n’ont évidemment plus aucun pouvoir.

Laïgelir récupère de fait tous les pouvoirs de Raggolk. Dans les mois qui suivent, il crée la Milice, puis le Corps Phalangiste, à la tête duquel il place Ilmenatz, dit le Chacal, son second.

La propagande officielle rend Dijgolk unique responsable du chaos. En fuite, il devient malgré lui l’ennemi numéro un de la dictature, et de ce fait, le leader incontesté de la résistance, lui qui n’a rien d’un foudre de guerre, et qui est plus proche de Michel Rocard que du Che Guevara.

Commenter cet article