Dimanche 14 décembre 2008

Parallèlement à cet engagement politico-culturel au service de la Corse, Natale Luciani, conscient que la jeunesse représente l’avenir, ouvre, en 1981, une école de chant corse, pour apprendre à la jeunesse, la langue, la culture, et l’âme corse ; pour constituer une relève pour reprendre le flambeau. L’école remporte un vif succès, et beaucoup de chanteurs corses actuels furent forgés à cette école.

Natale Luciani ne fit ni de l’endoctrinement, ni du bourrage de crane, mais au contraire, essaya de contribuer au mieux à instruire les jeunes corses qui venaient à lui. Cette notion d’éducation de la jeunesse transparait bien dans cette chanson (extrait ci-dessous) du début des années 1980, sortie en album en 1982 dans le dernier 33 tours de Canta u Populu Corsu : C’hè dinù : Sonniu (rêve).

 

 

Apri lu to core o ghjuventù

Nantu à tanti valori è virtu

Per fà chi dumane

Schiarisca e funtane

Di la vita.

 

Sonniu di tanta sperenza

Chi disceterà

Un aria di libertà

Forza di tanta credenza

Chi sustenerà

E ragione di luttà.

 

 

Ouvre ton cœur jeunesse

Aux valeurs et à la vertu

Pour que demain

Jaillissent les fontaines

De la vie.

 

Ce rêve d’espoir

Répandra

Un air de liberté

Cette immense foi

Nous donnera

La force de poursuivre notre lutte

 

 

Sonniu : http://www.dailymotion.com/video/xhl8m_canta-u-populu-corsu-bataclan_music

 

Enregistrement au Bataclan en 2005, postérieur à la mort de Natale Luciani ; Ceccè Buteau présente la chanson, et Dumè Gallet la chante ; La chanson Sonniu est ensuite suivie, dans cet enregistrement, par la chanson Sintineddi.




Cependant, le climat se détériore. L’état français, de plus en plus féroce, ne reconnait plus aux prisonniers corses le statut de prisonnier politique. Les incarcérations se succèdent, et des militants nationalistes perdent leur vie (Guy Orsoni, Etienne Cardi). Plus croît la répression, plus le nationalisme corse se radicalise.

En 1984, alors que Canta u Populu Corsu bat de l’aile, Natale Luciani est arrêté par la police antiterroriste, qui découvrira chez lui des charges explosives et des documents. Au cours de son procès, il déclarera à ses juges :

«  Ce tribunal est pour moi une tribune, et si vous comptez faire à travers moi le procès du FLNC, je ferais moi le procès de votre institution, que je ne reconnais pas. Comme mes camarades incarcérés, je ne suis pas un détenu, mais un prisonnier. […]. Je refuse cette appellation de terrorisme, qui dans la lutte que mène le peuple corse, est un artifice de langage usité par les media. Nous sommes des gens responsables et réaffirmons avec force que nous souhaitons un règlement progressif du problème corse. Notre combat est une réponse normale à la violence culturelle, économique, sociale et policière qui sévit en Corse ; violence que vous ne pourrez jamais sanctionner, vu que l’Etat que vous représentez, s’en fait le complice. Que pensez de ces méthodes si démocratiques ? Moi j’appelle cela du terrorisme. Enfin, à ceux qui disent qu’aucune idée ne vaille que l’on utilise la violence, je réponds que le combat pour la pérennité d’un peuple va beaucoup plus loin que ce que le terme étriqué d’idéal ne peut qu’imparfaitement évoquer. […]. C’est pourquoi, lorsque j’entends ce mot terrorisme, je réponds résistance ; à ceux qui disent activisme, je réponds légitime défense. »

Il sera condamné à sept ans de prison, en maison centrale !

Sa chanson Missaghju (Message), de l’album C’hè dinù, semblait curieusement présager la détresse qui serait la sienne lors de son incarcération.

 

 

Tanta suffrenza

Spaspersa in lu mondu

L’omu chi vole campà

A me sperenza

In missaghju mandu

Quellu chi cerca à lutta.

 

Fratellu ormai

A to lutta hè mea

T’avvii mezu à l’aversità,

Cunnosci i guai

Per fà chi l’idea,

Splendi per a libertà.

 

Cresce la voce

Sopra à le fruntiere,

Purtendu a sperenza quallà

Dannu, veloce,

Canzone straniere,

Chjamendu a sulidarità.

 

 

Que de souffrances

Infligées dans le monde

À l’homme qui cherche à vivre

Mon espérance

Je l’envoie dans ce message

À tous ceux qui luttent

 

Mon frère, désormais

Ta lutte est mienne

Nous nous unissons dans l’adversité

Tu connais les peines

Qu’infligent le combat

Pour que rayonne la liberté

 

Elève ta voix

Par delà les frontières

Et porte l’espoir là bas

Et chante plus fort

Les chansons étrangères

Qui appellent à la solidarité.

 

 

Missaghju : http://www.dailymotion.com/video/x3vb82_missaghju_music

L'interprétation est de Michele Cacciaguerra.

Par Cumpà - Publié dans : Storia - Communauté : Adunita di i siti corsi
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