Libéré en 1989 (Armistice Rocard-Joxe) après 5 ans de détention, il reprend aussitôt ses activités politico-culturelles, au sein de son école de chant et du mouvement nationaliste public. Sans succès, il tente de relancer Canta u Populu Corsu. Malgré cela, il procède à quelques enregistrement, notamment un 45 tour de l’Armata di l’Ombra, et d’une autre de ses chansons phares, In Memoria :
Per un populu vivu
Chi un vole esse domu
Per un zitellu chi
Dumane serà omu.
Per quellu chi d’amore
Vole pudè campà
Per quellu chi in prigiò
Un ci hà nunda à chi fà.
Per lu pezzu di terra
Chi deve firmà nostru
Per lu celu turchinu
E stu mare d’inchjostru.
Per una casa vechja
Chi ùn vole sprufundà
Per una strada novà
A meza oscurità.
Un aspettà dumane
O fratè, ùn aspetta
Quale essa sia a manera
Di lotta, dumane.
Pour un peuple vivant
Qui ne veut pas se soumettre
Pour un enfant qui
Demain sera grand
Pour celui qui veut
Pouvoir vivre d’amour
Pour celui qui est en prison
Sans l’avoir mérité
Pour ce morceau de terre
Qui doit rester à nous
Pour le ciel bleu
Et cette mer d’ancre
Pour une vieille maison
Qui ne veut pas s’effondrer
Pour cette voie nouvelle
Que l’on construit dans l’obscurité
N’attend pas demain
Mon frère, n’attends pas
Quelque soit ta manière
De lutter ; n’attends pas demain pour lutter.
In memoria chantée par Natale Luciani :
http://www.youtube.com/watch?v=3hBrwPPNOWk&feature=related ;
Hélas, les choses ont profondément changé, et sans que l’on ne comprennent ni quand, ni
comment, ni pourquoi, le mouvement nationaliste corse, petit à petit, a perdu en pureté, et, à cause de l’appétit personnel des uns et des
autres, ce mouvement, jadis unitaire, éclate en plusieurs morceaux. Natale Luciani se retire alors des structures publiques qui, pour lui, ont perdu leur âme et leur
idéal.
La descente aux enfers des mouvements nationalistes corses n’en finit plus. Entre dérives affairistes et mafieuses, les militants demeurés sincères ne peuvent faire entendre leurs voix. La situation, de dramatique, devient tragique, avec les premiers assassinats. Ce fut la Guerre Fratricide. Un mouvement idéologique de revendication de dignité et d’identité était devenu un ensemble de bandes rivales, et la tragédie était quasi-quotidienne. Natale Luciani plus que jamais, se désolidarisa de ce mouvement dans lequel il ne se reconnaissait plus.
En 1995, cependant, il parvint à reformer le mythique groupe Canta u Populu Corsu, avec son ami Ceccè Buteau, et un certain nombre de jeunes nouveaux talents. C’est la sortie du CD Sintineddi (Sentinelle), et le relancement de la dynamique de Canta u Populu Corsu.
Quelques année plus tard, sort un nouveau CD : Rinvivisce (Revivifier, ressusciter), dans lequel la chanson Chjaruscuru (Clair Obscur), écrite par Natale Luciani, met en opposition le coté clair des militants nationalistes demeurés purs, à ceux qui ont sombré dans des dérives affairistes et maffieuses, sombrant ainsi dans le côté obscur (parler de côté obscur peut faire penser à Star Wars, mais cette définition était parfaitement conforme à la réalité des faits).
D’una lotta naziunale
N’aveti fattu un spavechju
Ch’ellu si sbrumi lu spechju
Di la vostra infideltà
Di tante parolle linde
N’eti spizzatu l’essenza
Essendu più ch’omu pensa
Un arte di falsità
Quandu u camisgiu di seta
Piatta una maschera umbrosa
Vergogna à chì stà à l’ascosa
Intimuritu à trimulà
Tinti à quelli chì sò cascati
Per l’unu o l’altru di voi
Ùn saranu mai eroi
Chì disguastu è chì pietà
Torna una cria
Cercu una via
Raghju di sole chì caccerà
In tempu duru
Lu chjaruscuru
È tante piaghje da risanà
Cercu sfidatu
D’un altru latu
L’anticu solcu da suminà
D’impustura in tradimentu
S’annunziava lu sfragellu
Chì stilittava u « fratellu »
L’amicu di longu andà
[…]
Quandu chì lu chjaruscuru
Ci vulterà alba chjara
Brusgendu d’un altra fiara
Senza voi, dumane, chì sà.
D’une lutte nationale
Vous en avez fait une terreur
Que se brise le reflet
De votre trahison
De tant de paroles pures
Vous en avez sorti l’essence
Déployant plus qu’on ne pense
Tout un art de fausseté
Quand une cagoule de soie [sous-entendu, de luxe]
Cache un visage maléfique
Honte à qui s’abrite
Apeuré et tremblant
Malheureux ceux qui sont tombés [assassinés]
Pour l’un ou l’autre de vous
Ils ne seront jamais héros
Que de gâchis, quelle pitié
Encore une fois
Je cherche la voie
Le rayon de soleil qui chassera
Dans cette époque triste
Le clair-obscur
Et toutes ces plaie à refermer
Je recherche, méfiant
D’un autre coté
L’antique sillon qui avait ensemencé
Entre une imposture et une trahison
Le massacre s’annonçait
Qui tuerait le « frère »
L’ami de longue date
[…]
Quand le clair-obscur
Laissera place à une aube claire
Brillant d’un autre éclat
Sans vous, demain, qui sait ?
[Je suis profondément désolé ; malgré des recherches poussées, je n’ai pas trouvé de clip de Chjaruscuru sur Internet]