« La vraie puissance, c’est de savoir refuser la puissance ». Cette phrase, présente dans un livre de Jean-Paul Sermonte, je l’ai lue pour la première fois il y a presque vingt ans, et déjà à l’époque, je n’étais que trop pleinement conscient de la valeur de ces quelques mots.
Qu’est ce que la puissance ? Qu’est ce que le pouvoir ? Pour moi, la puissance est avant toute chose une notion comparative. L’on est puissant qu’à partir du moment où l’on peut faire ce que les autres ne peuvent.
Il s’agit donc de la consécration de l’égoïsme.
Mais à ce stade, c’est toute l’humanité qui est concernée. Ce n’est pas tant le désir de faire bien que le désir de faire mieux. Mieux que les autres.
Car, quelque soit le contexte, si le désir de faire bien, voire très bien le travail dont on est chargé est louable, le désir de faire nécessairement mieux que les autres est au contraire déjà pervertit par le sentiment égoïste de se placer au dessus des autres.
Ce sentiment, à mon sens, trouve son origine à la naissance de l’humanité, où la survie était une lutte quotidienne, où il fallait se battre en permanence pour assurer sa subsistance, pour se conférer le droit de rester en vie. C’est ainsi que, de générations en générations, se transmit ce mode de pensé, toujours plus étoffé, non pas de réussir sa vie, mais de la réussir mieux que les autres, de la réussir au détriment des autres, en considérant comme ennemi tout non-allié.
Pour cela, tout le système actuel repose sur un savant mais indigeste mélange de sélection naturelle et de loi du plus fort. L’objectif en soi n’est pas de réussir, mais bien de montrer que l’on est mieux que les autres, voire de les écraser.
Déjà, dès l’école, on transmet, consciemment ou non, aux enfants dès leur plus jeune âge le désir, non pas seulement de bien travailler et d’avoir de bonne notes (espérances parfaitement louables), mais de travailler mieux que les autres, et d’avoir de meilleures notes que les autres, sous peine d’avoir « raté sa vie ».
Ce sentiment continue encore à l’âge adulte, où le mieux est toujours privilégié au bien. Cela se justifie aisément d’un point de vue moral, lorsque le mieux et le bien s’applique à une même personne, et porte même le nom d’amélioration continue. Il est même salutaire d’apprendre, de savoir dépasser ses propres limites, sans quoi l’humanité n’avancerais pas.
Pour autant, privilégier le mieux par rapport à quelqu’un d’autre implique en tout premier lieu un sentiment de jalousie à l’égard de cet autre, doublé d’une volonté de prouver que l’on n’est, non pas bon, mais meilleur.
Cette réflexion peut s’élargir indéfiniment dans tous les domaines d’activités, et à plus grande échelle dans tous les pays du monde à tous les niveaux. Ce système n’est donc qu’un héritage de l’ancien temps, un temps si ancien qu’il n’en subsiste aucun témoignage, si ce n’est la persistance d’un système qui ne devrait plus se justifier, mais qui survit pour la simple raison que le premier à l’abandonner se mettrait aussitôt en situation de "perdant", et pour lequel la perte pourrait être extrêmement importante.
Un tel système est il viable dans le temps ? À court terme seulement, je pense, et il est sur le point de montrer ses limites.
Nous nous trouvons actuellement au sein d’une crise économique grave à échelle mondiale, et tandis que d’aucuns exaltent encore la pratique de la compétitivité effrénée pour la surmonter, bien évidemment au détriment des « autres », ceux-là même sont trop aveuglés pour voir qu’il les conduira plus ou moins vite à leur perte.
Ainsi, le système économique actuelle se fonde sur une croissance continue pour le bien être de tous. Cela me paraissait douteusement réalisable, ne serait-ce que parce que la croissance NE PEUT PAS être indéfiniment continue, et cela pour une raison très simple qu’un enfant de trois ans comprendrait sans peine, mais que des grands décideurs de portée mondiale s’obstine à éloigner de leurs yeux, et qui est que la population mondiale est en constante augmentation, alors que la taille de la planète Terre, elle, n’augmente pas. En de telles conditions, il parait difficile d’envisager que la croissance soit continue pour le bénéfice de tous.
En particulier avec cet état d’esprit toujours vivace, comme l’Hydre de Lerne, ou comme la bête immonde des œuvres de Berthold Brecht, que les plus forts font toujours tout ce qui est en leur pouvoir pour dominer, pour écraser les plus faibles.
Le constat en est alarmant : jamais à aucun autre moment de l’histoire de l’humanité, le contraste entre les plus riches, et les plus pauvres des hommes n’a été plus forts !
Manifestement, il y a quelque chose de pourri au royaume humain.
Cela sans compter que la pression humaine sans cesse plus forte sur les écosystèmes, de par les objectifs de croissance indéfinie, ne menace plus seulement la survie de nombreuses espèces animales et végétales qui sont trop nombreuses à avoir déjà disparue à cause de l’impact anthropique, ne menace plus seulement la beauté des harmonies des paysages, elle menace également la propre subsistance de l’homme !
Il n’est que temps d’en prendre conscience avant qu’il ne soit trop tard pour nous tous. De comprendre enfin que l’égoïsme de tous et le pouvoir de quelques uns, ce sentiment qui durant des millénaires permit à nos ancêtres de se maintenir en vie, ne peut que nous mener à notre propre autodestruction.
Le chemin est encore long pour accéder à cette sagesse. Il est à souhaiter qu’il ne soit pas plus long que le chemin qui nous conduit à la mort de l’humanité.
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