Aujourd’hui, mon discours portera sur une question particulièrement important : qu’est ce qu’être corse ?
La question peut paraître étrange, et la réponse même trop évidente ; mais si vous regardez bien, la réponse est nettement plus complexe qu’elle n’y paraît au premier abord, lorsque l’on réalise que tous les Corses n’habitent pas forcément en Corse, et que toutes les personnes présentes en Corse ne sont pas toutes corses. N’oublions pas non plus de parler des Corses d’adoptions, les vrais, non pas ceux qui se prétendent Corses d’adoption juste pour se vanter.
Oui, la question sur l’être corse nécessite une réflexion approfondie, non pas dans le but de rejeter tout ceux qui ne sont pas corses, comme pour ce qui concerne ce débat nauséabond, en France, sur ce qu’ils appellent l’identité nationale française, conduit par un homme qui a trahit les siens (Eric Besson), et qui fait les choux gras de l’extrême droite française qui se déchaîne comme jamais auparavant.
Pourtant, sans identité, un peuple ne peut exister, et pour cela, le peuple corse n’existe que par son identité, que l’on peut définir comme un ensemble de choses qui font qu’il existe et qu’il est ce qu’il est. Par ailleurs, il serait malsain de réaliser un parallèle entre une nation reconnue et indépendante qui veut d’accorder un sentiment de supériorité sur « les autres », et une autre, plus petite, qui lutte toujours pour obtenir un semblant de dignité et de respect. En fait, au lieu d’identité, je préfère parler d’Esprit Corse, ou d’Âme Corse, voire de « Corsican way of life ».
La question la plus importante sur ce sujet, et je la pose sans ostracisme, ni sectarisme, et surtout, sans racisme, c’est de savoir ce qu’est être corse. Qui peut se définir comme étant corse et quelles sont les caractéristiques de l’être corse.
Pour commencer le débat, je reprendrais la définition donnée par la Cunsulta Naziunale pour déterminer ce qu’il faut être, ou faire, pour être corse, ou tout au moins pour pouvoir prétendre à la Carte Nationale d’Identité. Ainsi, la Cunsulta Naziunale dit qu’est corse toute personne née en Corse et/ou née de parents corses, et/ou marié/e avec un/une Corse, et/ou qui vit en Corse depuis un minimum de dix ans de manière continue et qui témoigne de sa volonté de devenir corse par sa demande d’adhésion à la Cunsulta Naziunale.
Pour moi, et comme je ne l’ai déjà que trop dit, ici ou ailleurs, si je pense que cette définition est très pratique et ne me déplait pas, il n’en demeure pas moins qu’elle reste imparfaite, quoique difficilement perfectible d’un point de vue pratique.
À mon sens, est corse toute personne qui se sent corse au plus profond d’elle-même, avec ce lien indestructible avec sa terre, à tel point qu’il serait incomplet de seulement dire que la Corse appartient aux Corses, mais également que les Corses appartiennent à la Corse.
Aux sources de l’être corse, ou de l’esprit corse, se trouve le fait que tout Corse, au plus profond de lui-même, ressente en effet qu’il est de cette terre de Corse et qu’il lui appartient au moins autant qu’elle lui appartient. Pour paraphraser le célèbre chanteur français Renaud, qui dit que ce n’est pas l’homme qui prend la mer mais la mer qui prend l’homme, je dirais moi aussi qu’être corse n’est pas seulement une question de sang ou de titre de propriété. Certes, celui qui est né de parents corse, et qui plus est qui vie en Corse a, en temps normal, davantage de chances d’être corse qu’un autre, mais pas forcément.
C’est là une relation de niveau spirituel, et non pas nécessairement une question de sang, car il existe également de nombreuses personnes, nées de parents corses et qui peuvent s’enorgueillir d’une présence en Corse depuis de longues générations, mais totalement dépourvu, au plus profond d’eux-mêmes, du plus minime sentiment d’appartenance à cette terre, et de cette conscience commune que nous partageons tous. À contrario, il existe de très nombreux Corses d’adoptions, qui n’ont, à l’origine, aucun lien particulier avec la Corse et son peuple, mais qui ont réussit à acquérir, à moins que ce ne fut inné, ce sentiment très profond dans leurs cœurs et leurs âmes qui font d’eux des Corses.
Pour parler un peu de moi, ce sentiment de double appartenance est exactement celui que je ressens en n’importe quel lieu de Corse, et tout particulièrement dans les vieux villages, dans le maquis ou dans la forêt. Au contraire, à chaque fois que je me suis déplacé en dehors de Corse, pour aller en France ou ailleurs, j’ai toujours eu l’impression de me trouver en terre étrangère pour laquelle c’était moi l’étranger.
Être corse n’est pas une manière de se tenir, ou une manière de s’habiller, ou même une manière de conduire sa voiture. Être corse, peut se définir, certes par ce lien charnel avec la terre corse, mais également par l’accomplissement d’actes traduisant ce lien de manière concrète. Non pas nécessairement des actes héroïques, car nous n’en sommes pas tous, mais même de petites choses qui font que nous sommes ce que nous sommes.
J’ajouterais également que nous n’avons aucunement à nous excuser d’être corses, d’être ce que nous sommes, même si par le passé, et encore dans le présent, il y a eu, et il y a ce fameux maudit complexe du colonisé qui ne nous a que trop desservit.
Le pire demeure encore tous ces Corses fourbes, escrocs, voleurs et spéculateurs, toujours prêts à vendre ce qui ne peut moralement être vendu, ou à trafiquer ; des hommes que je me répugne à considérer comme Corses ; ai-je tord ? Je l’ignore. À mon sens, ces gens là, et plus encore que leurs homologues étrangers, sont les pires ennemis de la Corse.
En conclusion ?
En conclusion, je dirais que pour moi, être corse constitue une vrai réalité, et que l’on ne peut guère être à demi corse, car il s’agit là d’un concept absolu et binaire. Il s’agit d’une chose qui réside dans l’esprit de chacun d’entre nous, et qu’il est difficile à évaluer de l’extérieur.
Voilà ce qui pour moi est l’être corse.
Je ne vois plus trop ce que je pourrais ajouter à tout cela, mais s’il vous plait, je vous invite à poursuivre le débat que je ne saurais être le seul à tenir, sans oublier que je me sentirais profondément flatté de lire le fond de votre pensée à ce sujet.
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