Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 14:40

En ces jours de février, la neige et le froid règnent sur la Corse. Malgré la beauté réelle des paysages sublimés par l’harmonie blanche, les dégâts causés par les perturbations neigeuses est de nature à impacter le fonctionnement socio-économique de la Corse, tant certaines de nos infrastructures sont vétustes. Et que dire encore des personnes, humaines, qui meurent encore de froid dans nos pays occidentaux, auto-qualifiés de « civilisés » (n’est-ce-pas, monsieur Guéant ?)

Tout est relatif, certes, mais il n’est pas – pas encore – interdit de penser, de méditer, de réfléchir à de multiples sujets fondamentaux de l’existence humaine qu'il est habituel, pour ces messieurs qui nous dirigent, de considérer comme donnée parfaitement négligeable de peu de valeurs, au regard de ces maîtres-mots que sont les intérêts et les profits.

C'est en ces circonstances que me vient à l'esprit maints souvenirs historiques de cas similaires. Le plus évident à mon esprit concerne ce que l'on a appelé la « Grande Guerre », puis, plus communément par la suite, la « Première Guerre Mondiale », lorsque survint la seconde, et le sort particulièrement injuste et atroce qui fut fait à ces millions d’hommes, mobilisés pour la gloire des uns et des autres (demeurés à l’abri), pour sauver une Patrie qui n’était pas forcément la leur, sacrifiés sur l’autel de la toute-puissante raison d’État.

 

Ainsi, de mon point de vue, la Grande Guerre fut conjointement le triomphe des massacres monumentaux, l’inutilité de la Raison, la faillite du commandement, et surtout, l’échec même de la guerre.

Lorsque l’on en connaît les raisons originelles de cette guerre (les jeux des alliances entrelacées entre tous les chefs d’état de l’époque), on ne peut qu’éprouver un sentiment profond de compassion pour tous ces soldats qui y étaient engagés de force (la plupart n’étant absolument pas volontaires, quand bien même certains y partirent « la fleur au fusil » comme se plut à l'exalter la propagande de l’époque) et les récits des atrocités, témoignages de nos anciens ne sont que trop présents pour rappeler à quel point cela fut l’enfer sur terre. L’incompétence des généraux, et le peu de cas qui fut fait des vies humaines heurte considérablement l’idée que j’ai de l’Humanité.

Comment ne pas avoir le cœur resserré lorsque l’on pense à tous ses hommes qui passèrent des journées entières dans ses tranchées atroces, pouvant mourir à tout moment, tout en sachant que leur sacrifice ne pourrait au mieux que leur permettre de gagner quelques dizaines de mètres !

L’absurdité d’une telle situation fait ressortir à quel point le prix de la vie humaine fut à ce point tenu pour quantité négligeable pour tous ces décideurs demeurés quant à eux bien protégés au chaud dans leurs logis. Sans compter tout ces « fusillés pour l’exemple », qui ne voulaient tout simplement plus exécuter les ordres aberrants et mortifères qui leur étaient donnés, quand ils n’étaient tout simplement pas tirés au sort pour être tués pour intimider ceux qui subsisteraient.

 

En Corse, particulièrement, la saignée fut terrible. Jacques Gregori avait évoqué en 1975, le chiffre de 20.000 morts ou disparus. Je ne sais ce que vaut ce chiffre, qui me paraît parfaitement énorme, mais il est clair qu’avec cette guerre, la Corse fut presque entièrement vidée de toutes ses forces vives, ce qui contribua au moins en partie à la ruine de nombre de villages de « l’intérieur ».

Au delà même de ceux qui eurent la chance de survivre à la guerre, comment ne pas penser également à tous ceux qui en revinrent blessés, mutilés à vie, avec mille lots de souffrances atroces perpétuelles. Sans oublier bien sûr le traumatisme vécu, gravé pour toujours dans l'esprit de chacun de ces soldats, quand bien même eurent-ils la chance de revenir physiquement indemnes du conflit.

 

L’absurdité de la mobilisation forcée est d’autant plus éclatante lorsque l’on sait, effectivement, que les permissions étaient deux fois moins fréquentes pour les « appelés » corse que le chiffre national, et que furent souvent mobilisés des hommes en charge de familles parfois nombreuses, jusqu’à des âges parfois avancés pour l’époque.

Je ne parlerais pas ici de génocide,car il n’y eut à aucun moment une volonté d’extermination de tout un peuple par le biais de ces combats, mais je n’en suis pas loin, car si les intentions étaient différentes, les conséquences furent quasi-similaires.

Cependant, il est indéniable qu’en sabotant sciemment tous les secteurs de l’économie de l’époque (en Corse comme ailleurs, ne faisons pas de kyrnocentrisme qui ici ne serait pas pleinement justifié), et en détruisant tant de familles pour résoudre un conflit entièrement né des jeux des alliances entre têtes couronnées et politiciens, les instigateurs de cette guerre portèrent un coup très lourd aux peuples quels qu’ils soient, et les dommages causés n’en finissent pas d’avoir des répercussions encore aujourd’hui.

 

Je clos ici mon texte, je sais que je pourrais disserter des heures et des heures sur le sujet, non sans un dernier hommage, une dernière pensée, à tous ces hommes, qui étaient des hommes avant d’être des soldats, qu’ils fussent héros ou simplement martyrs, sacrifiés sur l’autel absurde de la logique d’État, considéré à un titre pire que du bétail conduit à l’abattoir.

Ch’e vo ripusate in pace per l’eternità !


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