Lundi 13 septembre 2010 1 13 /09 /Sep /2010 18:32

Bonjour à tous, lectrices et lecteurs.

Certes, vous pourriez remarquer que je ne suis pas vraiment un parangon de fidélité à chacun de mes sites et blogs. Peut être remarqueriez vous également que mon dernier article en date fut écrit il y a plusieurs semaines de cela,  voire même mois (ça fait si longtemps que je ne m’en rappelle même plus !)

Mais il est vrai aussi, qu’entre tous les sites que j’ai, entre ceux sur lesquels je suis présent et ceux que j’administre, en particulier mon forum de discussion, presque intégralement en langue corse (http://appuntamentu-corsu.forums-actifs.net), lieu que je vous invite à visiter et sur lequel je vous conseille de vous inscrire si vous n’y êtes pas déjà, il est vrai que je ne puis être de partout ; sans oublier de vous dire que j’ai moi aussi un travail et une vie personnel.

Mais arrêtons là les justifications, et place à l’article proprement dit.

 

Aujourd’hui, je vais vous parler du hui septembre, Fête de la Nativité, dédiée à la Vierge Marie. En guise d’introduction, je tiens à préciser que la Vierge Marie a une importance considérable en Corse. Au-delà de sa vénération séculaire et pieuse, inspirée par tant de congrégations religieuses et largement suivie par le peuple, il est bon de savoir que c’est sous sa protection que les patriotes corses de la première révolution corse ont choisit de placer la Corse, pour s’assurer une légitimité spirituelle contre les empires et les puissances terrestres.

Ce fut ainsi de cette manière que la Fête de l’Immaculée Conception, célébrée le huit décembre, fut officialisée comme étant la Fête Nationale Corse.

Au-delà de ces seules deux célébrations, les églises dédiées à la Mère du Seigneur sont en Corse très nombreuses, comme le sont les couvents et les confraternités.

D’une manière générale, l’importance de la Madone est considérable en Corse.

 

La Nativité est donc fêtée en Corse dans de nombreux  villages. À Lavasina, à Casamaccioli, et à Pancheraccia se tiennent les célébrations les plus connues.

J’ai déjà, dans un article passé, largement parlé de la Santa di u Niolu, fêtée dans le village de Casamaccioli, et peut être vous parlerais-je de Lavasina une prochaine fois, car aujourd’hui, j’ai choisit de vous parler de Pancheraccia, où je suis monté cette année pour célébrer le huit septembre.

 

La Fête de la Madone, à Pancheraccia, bien que généralement peu connue, est très particulière dans le sens que c’est le seul endroit en Corse qui fut le témoin d’une apparition de la Vierge, il y a plusieurs siècles de cela, par une enfant. Depuis lors, sur le lieu de l’apparition, une petite source située à un peu moins d’un kilomètre du village lui-même, fut construit une petite chapelle, devenant ainsi un lieu sacré de procession.

 

Village de la pieva de Rogna, da la vallée du Tavignanu, le deuxième fleuve le plus grand de Corse, le village de Pancheraccia se trouve juste sur la ligne médiane entre la Castagniccia (limitée au sud par le village de Zalana), et le Fiumorbu (représenté, à sa limite septentrionale par le village de Casevechje). Ce village, et le maquis forestier qui l’entoure, telle une frontière entre deux mondes, peut se concevoir comme un doux mélange entre la Castagniccia et le Fiumorbu, comme de nombreux villages de la vallée du Tavignanu, comme par exemple Pedicorti, Altiani, voire Erbaghjolu.

 

Parti le matin de bonne heure en voiture, en passant par la nationale et par cette plaine dite « orientale » (une expression qui plait beaucoup aux media français ; la « plaine orientale ») toute défigurée et bétonnée et complètement dépouillée de son âme corse. Puis, au niveau d’Aleria, il a fallut prendre la route montant à Corti, et ensuite, la route, plus petite, conduisant à Pancheraccia et aux autres villages de la pieva (Petraserena ou Ghjuncaghju, par exemple), et alors, entouré par cette nature presque vierge, et par ces vieilles maisons en pierres vénérables, ce sentiment d’amertume qui m’avait accompagné tout le long de la nationale m’abandonna complètement, car enfin je me sentais en harmonie avec ce qui m’entourait.

 

Ainsi, vingt minutes plus tard, sur une petite route ressemblant à toutes celles de la Castagniccia comme celles du Fiumorbu, entourée d’un maquis sauvage entrecoupé de peuplements forestiers, j’arrivai enfin au village de Pancheraccia, presque sous la pluie.

 

Bien que le lieu fût alors très chargé en voiture, il y avait cependant beaucoup moins de monde que pour la Santa à Casamaccioli, car cette célébration est avant tout religieuse, alors que la Santa du Niolu est à la fois religieuse et pastorale. N’oublions pas que c’était autrefois un rendez-vous annuel incontournable de tous les bergers corses qui y montaient pour acheter et vendre bêtes et équipement, et y passaient généralement plusieurs jours entrecoupés de soirées festives.

 

Le village en lui-même est un beau petit et antique village corse comme il en existe tant dans les régions semi-montagneuses de Corse, avec ses maisons en pierres, et ses habitants, qui toujours résistent aux trompeuses sirènes de la vie citadine ou de l’expatriation, mais qui préfèrent demeurer au village à faire vivre l’âme corse à leur manière et leur niveau.

 

Alors, sous la pluie (car il a bien plut, ce jour là !), j’ai traversé le petit village pour prendre le sentier qui conduit à la chapelle. Là bas, sous la pluie, la messe venait de commencer, ce qui, dans la mesure où elle se déroulait à l’extérieur, au vu du manque de place au sein même de la chapelle qui ne pouvait accueillir la centaine de personnes présentes, fut à l’origine de la naissance d’une forêt de parapluies ouverts. La messe en l’honneur de la Madone et de la Nativité fut prononcée par le prêtre, accompagné par les chants des confréries locales, et par Ghjuvan’Paulu Poletti, invité spécialement pour chanter la messe.

 

En ce lieu, en dépit de la pluie, ont été déposées un nombre important de cierges sous une statue de la Vierge, et se sont vendues de nombreuses bouteilles destinées à recueillir l’eau de la source. C’était une fête authentiquement sacrée.

 

Puis, à la fin de la messe, nous sommes tous partis en procession (toujours sous la pluie), jusqu’à l’église du village, à un peu moins d’un kilomètre de l’endroit où nous étions, pour la fin de la célébration.

 

Puis, au terme de cette procession, je m’en suis allé.

 

 

Pour parler de mon impression générale de cette fête, je dirais que j’y ai trouvé une authentique atmosphère sacrée de recueillement, certes sous assistance réduite, mais peut être plus pieuse. C’était une célébration plus intime et plus discrète que la Santa di u Niolu, et peut être que tout se serait passé au mieux s’il n’avait pas plut. Dans le cas général, la pluie ne me dérange absolument pas, et au contraire, me plait, mais là, pour une procession, ce n’était pas le temps idéal. Peut être le but était d’ajouter un sel de pénitence à cette festivité sacrée.

 

Enfin, il est vrai que nous nous rapprochons toujours plus de l’automne et de ses poésies.

 

En conclusion, je dirais que Pancheraccia est un très beau village, et que la célébration de la Nativité y est toute emplie de piété et de beauté traditionnelle. Je conclus en vous recommandant d’y participer au moins une fois dans votre vie.

 

En ce qui me concerne, j’irais peut être à Lavasina, l’année prochaine.


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