Dans le calendrier usuel sous lequel nous vivons, Noël vient de se passer, plus ou moins bien selon les familles et les personnes, et déjà se prépare une autre occasion de festivité, la nouvelle année.
Pour autant, ce n’est pas là le sens de mon propos d’aujourd’hui, loin s’en faut, et ces triviales futilités me laissent un goût amer à l’âme lorsque je pense à ceux qui sont dans la détresse, dans la douleur, dans la maladie. Lorsqu’en particulier je pense au calvaire vécu par Lisandru Plasenzotti, sa famille et d’une manière plus générale tous ses proches dans l’inquiétude la plus noire.
Lisandru Plasenzotti, jeune homme sans histoires de 22 ans, au casier judiciaire vierge, fort apprécié, est, à ce jour, incarcéré, embastillé devrais-je dire, aux Baumettes à Marseille, à cause – soi disant – d’une empreinte digitale sienne qui aurait été – soi disant – trouvée sur un sachet qui aurait été retrouvé dans une cache d’arme ! Il était difficile de faire plus léger comme motif d’incarcération ! Et pourtant nous ne sommes que trop habitués aux juridictions d’exceptions, et aux motifs fallacieux d’incarcération. J’ai moi-même deux copains actuellement privés de liberté pour des prétextes factices, dans les geôles françaises, doublement éloignés de leurs familles respectives qui souffrent en silence depuis de trop longs mois, et je pense beaucoup à eux, comme à tous ceux que je ne connais pas qui sont en prison sans l’avoir mérité.
Concernant Lisandru Plasenzotti, il aurait également été prétendu que tout cela est également lié à une affaire de drogue, et que l’on aurait également retrouvé de la drogue dans la – soi disant – cache d’arme. Cela me paraît bien vague.
Certes, vous connaissez tous ici ma farouche opposition à toutes sortes de produits psychotropes, qui coupent l’homme de la réalité, l’empêchant ainsi de construire un avenir meilleur pour l’humanité et sa terre. Pour autant, tout cela me semble monté de toutes pièces et cette accusation de trafique de drogue ne tient pas la route une seconde, et les recoupements hasardeux et indirects réalisés par ceux chargés de faire progresser l’enquête m’ont tout l’air d’une invention. En outre, non seulement la présomption d’innocence n’est pas respectée dans cette affaire (comme dans tant d’autres, hélas !), mais il me semble bien que c’est une authentique présomption de culpabilité qui est ici à l’œuvre, savamment orchestré par les rouages de l’appareil répressif, qui n’a que peu évolué depuis l’époque de Clément Marot.
Dans cette affaire, d’autres personnes ont été interrogées qui sont ressorties au terme de leur garde à vue. Et certains qui paraissaient bien plus impliqués. Honnêtement, je n’ai pas eu connaissance des éléments du dossier, mais il est pour moi parfaitement clair que le dossier n’a pas été traité avec objectivité, que ce soit consciemment ou non.
Mais au-delà de l’incarcération, il y a le traitement intrinsèque qui est en cause. En dépit de la volatilité des charges à l’encontre de Lisandru Plasenzotti, il fut cependant déporté à la prison des Baumettes à Marseille, comme si le dossier ne pouvait être traité en Corse, puis placé à l’isolement, coupé du monde, comme un grand criminel qu’il n’est pas, et son instruction ajournée à une date non précisée.
Certes nous n’avons que trop l’habitude de ce genre de procédures fleurant bon l’iniquité, mais Lisandru Plasenzotti, dans le but de se faire entendre par tous les moyens possible, pour faire éclater la vérité, entama, il y a déjà plus d’un mois, une grève de la faim qu’il poursuit toujours à ce jour, après 50 jours de jeûne, après avoir perdu presque 20 kg et être au seuil de l’irréversibilité des séquelles.
Cela ne réveille cependant pas l’humanité des juges, dont certains sont « en vacances » et n’estiment absolument pas devoir interrompre leurs vacances pour la vie d’un jeune corse, à l’instar d’un certain Chamberlain (prédécesseur de Churchill), qui n’interrompit pas ses vacances au simple prétexte qu’Hitler avait envahit la Tchécoslovaquie !
On croit rêver !
Quoiqu’il en soit, au-delà de l’aspect strictement judiciaire de cette histoire, c’est l’aspect humain qui nous concerne le plus. Au delà du strict cadre judiciaire, au delà des seules sympathies politiques, nous touchons ici à l’humain, à l’humanité, la condition humaine (si chère à Malraux).
Il est de notre devoir d’êtres humains de sentir, de ressentir l’injustice flagrante de cette situation. Si certaines personnes en charge de ce dossier à un degré ou à un autre semblent en avoir oublié l’aspect humain, reniant ainsi l’humanité qui est en eux, il n’en est notre cas, à nous, simples humains, qui avons prit connaissance de cette triste affaire qui nous touche au plus profond du cœur et de l’âme.
En ces jours de fin de décembre, habituellement dédiés, en Corse, à moult festivités, réjouissances et gastronomie effrénée, il est impossible, à moins d’avoir un cœur de fer, de ne pas penser à ce jeune homme qui lui, n’a pas mangé depuis plus d’un mois – et d’une manière plus générale à tous ceux qui dans le monde ne mangent pas à leur faim et qui, à notre époque encore, agonisent de la famine – pour défendre sa dignité contre l’injustice d’exception.
Mais peut-on vraiment parler d’exception ? Est-ce réellement l’injustice qui est exceptionnelle, dans ce monde où nous vivons, qui ploie sous le poids du mal commis par l’homme dans le seul but immonde de satisfaire son égoïste et misérable soif de puissance ? J’en doute. Ainsi, en se limitant seulement à la Corse, qui n’est pourtant, loin s’en faut, le pays au monde où la misère, la pauvreté et l’iniquité frappent le plus fort, on ne peut que frémir en constatant à quel point l’injustice l’emporte si souvent sur la vrai Justice, à quel point la fausseté humaine domine tant de rapport entre humains, empoisonnant ainsi les richesses d’une humanité qui ne demanderait qu’à être pleine d’espérance pour un avenir meilleur à construire. Les exemples hélas, ne manquent pas, et sont si nombreux que j’ai peine à croire qu’un seul article suffirait seulement à survoler la question.
Pour en revenir plus spécifiquement à Lisandru Plasenzotti, sa situation cruciale, malgré une très large mobilisation populaire, n’a pas l’air de « choquet » aucunement le juge Claude « Chamberlain » qui ne se soucie guère de la santé du prisonnier qui parait réduit à une vulgaire note statistique sur son bureau, ce qui est tellement commode.
Et tandis que la santé du jeune homme continue de se dégrader, et que nos pensées sont conjointement dirigées vers lui et ses proches, et vers l’indécence de son maintien en détention dans de telles conditions, je ne puis cependant m’empêcher de songer à l’année 1981 au cours de laquelle dix Irlandais moururent dans d’atroces conditions dans les prisons britanniques, après plusieurs semaines de grève de la faim. À cette époque, le monde entier s’était indigné devant l’inhumanité du pouvoir britannique en place qui avait littéralement condamné ces dix hommes à mort, alors qu’ils ne demandaient même pas leurs libérations !
Ainsi était apparue aux yeux de la terre entière toute l’inhumanité d’une certaine Margaret Thatcher aussi sûrement que si elle avait elle-même signé les arrêts de morts de Bobby Sands et de ses neuf compagnons. Ainsi, de même que d’autres hauts responsables de cette époque, porta-t-elle sur les mains le sang de ces trop nombreux irlandais.
De même, s’il venait à arriver malheur à ce jeune homme, le juge et ses complices en porteraient la responsabilité. Il est souhaitable qu’il en soit conscient.
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