Je tenais à vous faire part d’une réflexion qui est mienne depuis déjà très longtemps, et qui a été ravivée par l’actualité récente. Il s’agit de vous parler de ces peuples que l’on nomme « indigènes », ce qui n’est rien d’autre qu’une manière de dire qu’il s’agit de peuples qui n’avaient jamais rien demandé d’autre que de vivre libres sur leur propre terre, et qui ont été envahit, colonisés, et parfois massacrés par plus forts qu’eux, pour être finalement relégué au rang de sous-hommes, parqués dans des réserves telles des bêtes curieuses ou sauvages, et dont la tragédie me touche tout particulièrement.
Ainsi, ai-je appris il y a quelques semaines de cela que le principal leader dit « indigène » du Pérou, Alberto Pizango, a été arrêté hier, à Lima, à son retour du Nicaragua où il s’était réfugié après être devenu personna non grata dans son propre pays depuis les violences survenues l’année passée entre son peuple – qui ne demande qu’à vivre libre sur sa propre terre, en respect de leur dignité et de leur identité – et les forces de répression d’un état autoritaire, peu enclin à considérer d’autres paramètres que leurs profits personnels liés à la corruption, aux compagnies multinationales prédatrices et à la loi du plus fort ; violences qui avaient entrainées la mort de plusieurs personnes. Je ne puis m’empêcher d’être inquiet pour son sort, quoique sa remise en liberté fût assez rapide, au regard de ce que l’on a coutume d’observer dans ces pays où la richesse conditionne la « justice », et j’espère de tout cœur qu’un jour viendra où lui et ses semblables seront enfin libres, reconnus dans leurs droits les plus fondamentaux, eux qui ont toujours su rester dignes, cette même dignité que l’on a toujours refusé de leur reconnaître.
L’injustice faite à ces peuples est criante, et la situation présente ne peut que m’évoquer le pauvre Leonard Peltier, un Amérindien en prison depuis plus de trente ans pour avoir simplement voulu défendre sa terre et y vivre librement en homme fier qu’il est d’un peuple qui n’a que trop souffert au cours des siècles passé. L’inique justice américaine, qui comme la française, n’a de "Justice" que le nom, l’a condamné à la prison à vie, loin de sa terre, pour le soi-disant meurtre de deux agents du FBI.
Dans de telles conditions, et quoique cela m’ait déjà été reproché, je ne peux qu’être admiratif devant le président bolivien Evo Morales, le seul président « indigène » de toute l’Amérique dite latine et qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour sortir son peuple, ainsi que tous les autres peuples appelés « indiens » qui ne sont autre que les vrais Américains, de la pauvreté et de la spoliation, en dépit des railleries, critiques et entraves des trusts et des gens qui osent se targuer d’être « biens pensants ».
Evo Morales est également l’un des rares chefs d’état de par le monde, qui bénéficie de tout mon soutient et dont je puisse dire avec confiance qu’il s’agit de quelqu’un de bien.
Aussi, lorsque je pense à tous ces peuples, qu’ils soient d’Amérique, d’Australie, ou d’ailleurs, je ne puis m’empêcher de ressentir une certaine mélancolie profonde, doublée cependant d’une admiration pour eux qui parviennent et sont parvenus à rester dignes dans l’adversité qui est leur. En espérant également qu’un jour viendra où leurs espoirs de reconnaissance et de dignités soient enfin réalisés de par le monde. Je ne sais trop si cet espoir s’accomplira un jour, et ne veux verser dans l’optimisme le plus béat, mais l’espoir est le plus souvent tout ce qu’il subsiste lorsque tout le reste a disparu.
Aucun rapport avec la Corse, me dites-vous ? Dans un premier temps, je tiens à vous dire que jamais je ne me suis engagé à ne parler que de la Corse, que ce ne serait pas la première fois que j’écris un article sans aucun rapport avec – après tout, ne suis-je pas sur mon blog ? – et dans un second temps, je vous inviterais à y regarder de plus prêt. Que sommes-nous, nous-mêmes, si ce n’est des « Indiens » en devenir ? Nous aussi avons subit une conquête – et même plusieurs – militaire, et aujourd’hui, pareillement à ces « Indiens », nous sommes aujourd’hui spoliés de nos terres par de riches investisseurs, enfants légitimes et multiformes de l’immonde libéralisme. Qu’ils s’agissent de peoples, de jet-setters, de millionnaires, de milliardaires ou, pire encore, de sociétés privés tentaculaires aux allures de maffia, tous tentent d’une manière ou d’une autre de s’accaparer de nombreuses terres, avec la complicité d’une administration « corse » qui demeure très passive, y trouvant un intérêt. L’effet pervers de cet intérêt sordide est, sans conteste, la montée en flèche des prix de l’immobilier, et la difficulté croissante des personnes de condition modeste, de se loger dans de bonnes conditions dans certaines zones de Corse. Jusqu’à il y a peu, on a pu penser que ce phénomène ne touchait que les bords littoraux de notre pays, mais la prédation s’exerce également dans les villages de l’intérieur. Ainsi, il y a quelques semaines de cela, il est parvenu à mes oreilles qu’un berger, du côté de Castellu di Rustinu (la commune sur laquelle se situe Ponte Novu ! Tout un symbole), ne pouvait plus faire paître ses bêtes sur des terrains destinés à cet usage depuis plusieurs siècles, parce qu’ils avaient été rachetés en vue de bâtir des édifices en béton !
Oui, il me semble parfois que nous soyons en effet des « Indiens » en devenir. J’espère de tout cœur me tromper.
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