Storia

Samedi 1 août 2009

Bonjour à tous, à tous ceux qui quotidiennement, êtes des millions à me lire (l’espoir fait vivre !)

Aujourd’hui, je tenais à vous parler de Napoléon Bonaparte, quoique ce sinistre individu ne soit pas directement en rapport avec l’actualité brulante…

Pour ma part, je suis profondément las d’entendre en permanence associer la Corse à ce personnage. Tout comme je suis particulièrement las d’entendre des gens, parfois même très intelligents le louer comme s’il s’agissait de quelqu’un de bien.

Historiquement, Napoléon Bonaparte fut un dictateur, qui instaura un pouvoir personnel très autocratique, et qui pour satisfaire sa volonté personnelle, fit la guerre à l’Europe entière. Cet « esprit brillant » était ouvertement partisan de l’esclavage, et assez ouvertement raciste, considérant que les hommes ne sont pas tous égaux entre eux. Il fut l’auteur de nombreux massacres à l’encontre de ceux qui s’opposaient à lui, ou qui simplement résistaient à l’invasion de leurs pays. Sa conscription obligatoire détruisit littéralement toute une génération de jeunes hommes, enrôlés de force dans ses guerres assassines.

Je tenais également à m’adresser aux Français qui aujourd’hui l’admire, pour leur révéler qu’il s’agissait d’un personnage qui fit beaucoup de morts, instaura un système dont eux-mêmes ne voudraient pas aujourd’hui, et qui, entre la conscription obligatoire et l''interdiction de critiquer, ne brilla guère pour son humanisme.

Il causa, directement ou indirectement, la mort de plus d’un million de personnes.

En Corse, il mandata le général Morand comme proconsul. Celui-ci, un monstre avide de sang, fut d’une telle sauvagerie qu’il se vanta a posteriori d’avoir fait tué au moins un Corse par jour. Il faisait subir de réelles abominations aux rebelles qui continuaient d’espérer en une Corse indépendante, ou tout au moins, libre. Le pire fut très certainement la déportation de tous les hommes du petit village d’Isulaccia di Fiumorbu, entre 15 et 80 ans dans des geôles obscures pour les punir de leur honneur de résistants ! Pas un seul n’en réchappa ! Ce fut là un drame digne du nazisme, car Napoléon Bonaparte ne vaut pas mieux que les nazis. Morand avait tellement marqué les esprits que son nom est à tout jamais dans l’esprit des Corses synonyme de l’injustice et de la cruauté.
Aussi, quand je vois aujourd’hui, chez beaucoup de Corses, une véritable idolâtrie à l’égard de ce monstre sanguinaire ; quand je vois toutes les statues de cet immonde bourreau qu’était Napoléon Bonaparte, il nait en moi un sentiment de révolte et d’injustice. Comment un peuple peut il être à ce point amnésique ? Comment peut-on tolérer une telle vénération pour un tel ogre ? C’est un peu comme si l’Allemagne d’aujourd’hui vénérait Hitler !

Un sentiment de lassitude et de révolte m’habite face à la vénération exacerbée que ressentent encore trop de Corses à l’égard de ce personnage. Comment peut on, à ce point, avoir une telle mentalité de colonisé, d’asservi, d’esclave.

Il m’arrive même de penser que la Corse ne sera malheureusement jamais plus indépendante, car la plupart des Corses sont trop cons ! (pardonnez moi ce léger saut d’humeur, mais c’est bel et bien le fond de ma pensée).

 


Napoléon doit être reconnu comme ce qu’il fut réellement.

 
Par Cumpà
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Dimanche 14 décembre 2008

Malgré toutes ces vississitudes, au delà de la triste époque de la guerre fratricide, Natale Luciani ne perdit pas et ne perdit jamais son idéal profond de liberté, et ses convictions personnelles, car ce n’était pas parce que des hommes avaient faillit, que l’idée avait perdu toute sa valeur. Dans son école de chant, s’il continuait à enseigner à la jeunesse corse les valeurs de l’âme corse et tout ce qui s’y rattache, il leur apprenait également, et plus que jamais, à conserver un esprit critique à l'égard des hommes et des structures. Rinvivisce, le même album dans lequel se trouve Chjaruscuru, nous offrit également une autre de ses créations, particulièrement douce et poétique : D’un volu (d’un vol), que je vous présente là.

 

 

Ligera più chè lu ventu

Ch’ella sà ammaistrà

Sopra à le cime d’argentu

Fin’à u mare o l’aldilà

L’ala maestosa è lena

Vola l’acula marina

Vola l’acula marina

 

È lu to sensu s’infrebba

D’ùn pudè la accumpagnà

Chjosu da l’umbriccia niedda

Di l’umana falsità

À goda l’aria serena

Cum’è l’acula marina

Cum’è l’acula marina

 

Oghje sì chì la vita hà bisognu di sperà

Ricusà u presente è a dutrina nera

È purtà d’altre lotte

À l’orisont’accesi

È scunghiura la sorte

Rinvivisce un paese.

 

 

Plus légère que le vent

Quelle sait maîtriser

Par-dessus les cimes argentées

Jusqu’à la mer et au delà

L’aile majestueuse et légère

Vole l’aigle marin [la mouette]

Vole l’aigle marin

 

Et ton être regrette

De ne pouvoir l’accompagner

Enfermé dans l’ombreuse ornière

De la fausseté humaine

À jouir de l’air pur

Comme l’aigle marin

Comme l’aigle marin

 

Aujourd’hui, oui, la vie à besoin d’espérer

De refuser le présent et la doctrine obscure

Et porter d’autres luttes

Jusqu’à l’horizon embrasé

Et conjurer le sort

Redonner vie au pays.

 

 

D’un volu : http://www.dailymotion.com/video/xhvfy_canta-u-populu-corsu-aux-bataclan

Enregistrement au bataclan en 2005 (D’un volu est la première chanson, suivie de Cantu à Pablo Neruda, et de Lettera d’Argentina)

 

 

Après Rinvivisce, sorti en 2002, Canta u Populu Corsu fit encore un autre CD : Giru 2003 (Tournée 2003), un enregistrement public de leur tournée de 2003, comprenant, outres un certain nombre des chansons déjà enregistrées dans Rinvivisce et dans Sintineddi, une interprétation de l’Armata di l’Ombra, de même qu’une création de Jean-Charles Papi : Sinfunia nustrale, au rythme entrainant.

 

Natale Luciani est décédé dans la nuit du 7 au 8 décembre de cette année là. Alors qu’il conduisait, de Buccugnà (où venait de se terminer a Fiera di a Castagna, la Foire à la Châtaigne) à Tavera, son village (situé à proximité de Buccugnà), il fit un malaise cardiaque grave et sa voiture, sans contrôle, bascula en contrebas. J’ignore s’il est mort de son malaise cardiaque ou de l’accident de voiture, mais une chose était sûre, c’est que la Corse venait de perdre un grand homme, pur, honnête, et droit.

Il n’avait que 54 ans, mais sa mémoire n’est pas prête de s’éteindre, et, comme on dit chez nous, « Natale Luciani sempre vivu ».

Par Cumpà
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Dimanche 14 décembre 2008

Libéré en 1989 (Armistice Rocard-Joxe) après 5 ans de détention, il reprend aussitôt ses activités politico-culturelles, au sein de son école de chant et du mouvement nationaliste public. Sans succès, il tente de relancer Canta u Populu Corsu. Malgré cela, il procède à quelques enregistrement, notamment un 45 tour de l’Armata di l’Ombra, et d’une autre de ses chansons phares, In Memoria :

 

 

Per un populu vivu

Chi un vole esse domu

Per un zitellu chi

Dumane serà omu.

 

Per quellu chi d’amore

Vole pudè campà

Per quellu chi in prigiò

Un ci hà nunda à chi fà.

 

Per lu pezzu di terra

Chi deve firmà nostru

Per lu celu turchinu

E stu mare d’inchjostru.

 

Per una casa vechja

Chi ùn vole sprufundà

Per una strada novà

A meza oscurità.

 

Un aspettà dumane

O fratè, ùn aspetta

Quale essa sia a manera

Di lotta, dumane.

 

 

Pour un peuple vivant

Qui ne veut pas se soumettre

Pour un enfant qui

Demain sera grand

 

Pour celui qui veut

Pouvoir vivre d’amour

Pour celui qui est en prison

Sans l’avoir mérité

 

Pour ce morceau de terre

Qui doit rester à nous

Pour le ciel bleu

Et cette mer d’ancre

 

Pour une vieille maison

Qui ne veut pas s’effondrer

Pour cette voie nouvelle

Que l’on construit dans l’obscurité

 

N’attend pas demain

Mon frère, n’attends pas

Quelque soit ta manière

De lutter ; n’attends pas demain pour lutter.

 

 

In memoria chantée par Natale Luciani :

http://www.youtube.com/watch?v=3hBrwPPNOWk&feature=related  

 

  

Hélas, les choses ont profondément changé, et sans que l’on ne comprennent ni quand, ni comment, ni pourquoi, le mouvement nationaliste corse, petit à petit, a perdu en pureté, et,  à cause de l’appétit personnel des uns et des autres, ce mouvement, jadis unitaire, éclate en plusieurs morceaux. Natale Luciani se retire alors des structures publiques qui, pour lui, ont perdu leur âme et leur idéal.




La descente aux enfers des mouvements nationalistes corses n’en finit plus. Entre dérives affairistes et mafieuses, les militants demeurés sincères ne peuvent faire entendre leurs voix. La situation, de dramatique, devient tragique, avec les premiers assassinats. Ce fut la Guerre Fratricide. Un mouvement idéologique de revendication de dignité et d’identité était devenu un ensemble de bandes rivales, et la tragédie était quasi-quotidienne. Natale Luciani plus que jamais, se désolidarisa de ce mouvement dans lequel il ne se reconnaissait plus.

En 1995, cependant, il parvint à reformer le mythique groupe Canta u Populu Corsu, avec son ami Ceccè Buteau, et un certain nombre de jeunes nouveaux talents. C’est la sortie du CD Sintineddi (Sentinelle), et le relancement de la dynamique de Canta u Populu Corsu.

Quelques année plus tard, sort un nouveau CD : Rinvivisce (Revivifier, ressusciter), dans lequel la chanson Chjaruscuru (Clair Obscur), écrite par Natale Luciani, met en opposition le coté clair des militants nationalistes demeurés purs, à ceux qui ont sombré dans des dérives affairistes et maffieuses, sombrant ainsi dans le côté obscur (parler de côté obscur peut faire penser à Star Wars, mais cette définition était parfaitement conforme à la réalité des faits).

 

 

D’una lotta naziunale          

N’aveti fattu un spavechju

Ch’ellu si sbrumi lu spechju

Di la vostra infideltà

 

Di tante parolle linde

N’eti spizzatu l’essenza

Essendu più ch’omu pensa

Un arte di falsità

 

Quandu u camisgiu di seta

Piatta una maschera umbrosa

Vergogna à chì stà à l’ascosa

Intimuritu à trimulà

 

Tinti à quelli chì sò cascati

Per l’unu o l’altru di voi

Ùn saranu mai eroi

Chì disguastu è chì pietà

 

Torna una cria

Cercu una via

Raghju di sole chì caccerà

In tempu duru

Lu chjaruscuru

È tante piaghje da risanà

Cercu sfidatu

D’un altru latu

L’anticu solcu da suminà

 

D’impustura in tradimentu

S’annunziava lu sfragellu

Chì stilittava u « fratellu »

L’amicu di longu andà

 

[…]

 

Quandu chì lu chjaruscuru

Ci vulterà alba chjara

Brusgendu d’un altra fiara

Senza voi, dumane, chì sà.

 

 

D’une lutte nationale

Vous en avez fait une terreur

Que se brise le reflet

De votre trahison

 

De tant de paroles pures

Vous en avez sorti l’essence

Déployant plus qu’on ne pense

Tout un art de fausseté

 

Quand une cagoule de soie [sous-entendu, de luxe]

Cache un visage maléfique

Honte à qui s’abrite

Apeuré et tremblant

 

Malheureux ceux qui sont tombés [assassinés]

Pour l’un ou l’autre de vous

Ils ne seront jamais héros

Que de gâchis, quelle pitié

 

Encore une fois

Je cherche la voie

Le rayon de soleil qui chassera

Dans cette époque triste

Le clair-obscur

Et toutes ces plaie à refermer

Je recherche, méfiant

D’un autre coté

L’antique sillon qui avait ensemencé

 

Entre une imposture et une trahison

Le massacre s’annonçait

Qui tuerait le « frère »

L’ami de longue date

 

[…]

 

Quand le clair-obscur

Laissera place à une aube claire

Brillant d’un autre éclat

Sans vous, demain, qui sait ?

 

 

[Je suis profondément désolé ; malgré des recherches poussées, je n’ai pas trouvé de clip de Chjaruscuru sur Internet]

Par Cumpà
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Dimanche 14 décembre 2008

Parallèlement à cet engagement politico-culturel au service de la Corse, Natale Luciani, conscient que la jeunesse représente l’avenir, ouvre, en 1981, une école de chant corse, pour apprendre à la jeunesse, la langue, la culture, et l’âme corse ; pour constituer une relève pour reprendre le flambeau. L’école remporte un vif succès, et beaucoup de chanteurs corses actuels furent forgés à cette école.

Natale Luciani ne fit ni de l’endoctrinement, ni du bourrage de crane, mais au contraire, essaya de contribuer au mieux à instruire les jeunes corses qui venaient à lui. Cette notion d’éducation de la jeunesse transparait bien dans cette chanson (extrait ci-dessous) du début des années 1980, sortie en album en 1982 dans le dernier 33 tours de Canta u Populu Corsu : C’hè dinù : Sonniu (rêve).

 

 

Apri lu to core o ghjuventù

Nantu à tanti valori è virtu

Per fà chi dumane

Schiarisca e funtane

Di la vita.

 

Sonniu di tanta sperenza

Chi disceterà

Un aria di libertà

Forza di tanta credenza

Chi sustenerà

E ragione di luttà.

 

 

Ouvre ton cœur jeunesse

Aux valeurs et à la vertu

Pour que demain

Jaillissent les fontaines

De la vie.

 

Ce rêve d’espoir

Répandra

Un air de liberté

Cette immense foi

Nous donnera

La force de poursuivre notre lutte

 

 

Sonniu : http://www.dailymotion.com/video/xhl8m_canta-u-populu-corsu-bataclan_music

 

Enregistrement au Bataclan en 2005, postérieur à la mort de Natale Luciani ; Ceccè Buteau présente la chanson, et Dumè Gallet la chante ; La chanson Sonniu est ensuite suivie, dans cet enregistrement, par la chanson Sintineddi.




Cependant, le climat se détériore. L’état français, de plus en plus féroce, ne reconnait plus aux prisonniers corses le statut de prisonnier politique. Les incarcérations se succèdent, et des militants nationalistes perdent leur vie (Guy Orsoni, Etienne Cardi). Plus croît la répression, plus le nationalisme corse se radicalise.

En 1984, alors que Canta u Populu Corsu bat de l’aile, Natale Luciani est arrêté par la police antiterroriste, qui découvrira chez lui des charges explosives et des documents. Au cours de son procès, il déclarera à ses juges :

«  Ce tribunal est pour moi une tribune, et si vous comptez faire à travers moi le procès du FLNC, je ferais moi le procès de votre institution, que je ne reconnais pas. Comme mes camarades incarcérés, je ne suis pas un détenu, mais un prisonnier. […]. Je refuse cette appellation de terrorisme, qui dans la lutte que mène le peuple corse, est un artifice de langage usité par les media. Nous sommes des gens responsables et réaffirmons avec force que nous souhaitons un règlement progressif du problème corse. Notre combat est une réponse normale à la violence culturelle, économique, sociale et policière qui sévit en Corse ; violence que vous ne pourrez jamais sanctionner, vu que l’Etat que vous représentez, s’en fait le complice. Que pensez de ces méthodes si démocratiques ? Moi j’appelle cela du terrorisme. Enfin, à ceux qui disent qu’aucune idée ne vaille que l’on utilise la violence, je réponds que le combat pour la pérennité d’un peuple va beaucoup plus loin que ce que le terme étriqué d’idéal ne peut qu’imparfaitement évoquer. […]. C’est pourquoi, lorsque j’entends ce mot terrorisme, je réponds résistance ; à ceux qui disent activisme, je réponds légitime défense. »

Il sera condamné à sept ans de prison, en maison centrale !

Sa chanson Missaghju (Message), de l’album C’hè dinù, semblait curieusement présager la détresse qui serait la sienne lors de son incarcération.

 

 

Tanta suffrenza

Spaspersa in lu mondu

L’omu chi vole campà

A me sperenza

In missaghju mandu

Quellu chi cerca à lutta.

 

Fratellu ormai

A to lutta hè mea

T’avvii mezu à l’aversità,

Cunnosci i guai

Per fà chi l’idea,

Splendi per a libertà.

 

Cresce la voce

Sopra à le fruntiere,

Purtendu a sperenza quallà

Dannu, veloce,

Canzone straniere,

Chjamendu a sulidarità.

 

 

Que de souffrances

Infligées dans le monde

À l’homme qui cherche à vivre

Mon espérance

Je l’envoie dans ce message

À tous ceux qui luttent

 

Mon frère, désormais

Ta lutte est mienne

Nous nous unissons dans l’adversité

Tu connais les peines

Qu’infligent le combat

Pour que rayonne la liberté

 

Elève ta voix

Par delà les frontières

Et porte l’espoir là bas

Et chante plus fort

Les chansons étrangères

Qui appellent à la solidarité.

 

 

Missaghju : http://www.dailymotion.com/video/x3vb82_missaghju_music

L'interprétation est de Michele Cacciaguerra.

Par Cumpà
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Dimanche 14 décembre 2008

Il y a plus de 5 ans de cela, le 7 décembre 2003, nous quittait Natale Luciani, chanteur et militant corse. Il avait 54 ans. J’écris ces lignes pour vous raconter l’homme, pur, loyal et désintéressé, et pour lui rendre hommage.

 

Originaire de Tavera et d’Albitreccia, Natale Luciani est né peu après la guerre. À cette époque, la société corse traditionnelle s’éteignait doucement pour laisser la place à une société plus moderne, supérieure en confort, mais, en comparaison, sans âme, et déjà globalisée.

Dans les années 1970, la Corse connait son « Riacquistu » (en français « réacquis ») : il s’agit de cette époque où les Corses prirent conscience des risques, graves, de disparition de la langue, de la culture, et de tout ce qui fait l’âme corse, et entreprirent de se réapproprier leur culture, de la maintenir en vie ; en somme, de faire quelque chose pour la Corse. Ce fut la naissance de la plupart des revendications culturelles ; la naissance aussi des groupes de chanteurs corses, poussé, non pas dans un dessein mercantile, mais résolument décidé à se réapproprier leur passé pour affronter le futur. Natale Luciani participa au principal groupe d’alors, Canta u Populu Corsu, dont le premier disque, sortit en 1975, Eri, oghje, dumane (hier, aujourd’hui, demain), qui reprenait une quantité de chants traditionnels, fut en Corse un véritable souffle de renouveau. Les albums suivants du groupe furent autant de véritables joyaux de la culture corse, alternant chants traditionnels et créations du groupe. Natale Luciani, trésorier et l’un des piliers du groupe, ne se contenta cependant pas de chanter, mais écrivit également des chansons. Sa première création fut Allegria (extrait ci-dessous), qui sur un rythme entrainant, célèbre l’allégresse et la fraternité. L’époque était alors optimiste.

 

 

Un sguardu zitellinu chi si sveglia

Scuprendu l’alba chjara di fraternità.

Una strinta di manu maravigli

L’amicizia frà l’omi per l’eternità.

 

Vene venerà quellu ghjornu

Vene vene venerà

Quellu mumentu chi per tè serà benestà

Torne tornerà una stonda

Torne torne tornerà

Quella allegria cumuna di la libertà.

 

 

Un regard enfantin qui s’éveille

Recouvre l’aube claire de fraternité

Une poigné de main sublime

L’amitié entre les hommes pour l’éternité

 

Que vienne ce jour

Qu’il vienne

Ce moment qui pour toi sera bienheureux

Que revienne encore une fois

Que revienne

Cette joie commune de la liberté

 

Allegria (enregistrement public) ; C’est Natale Luciani qui chante, et Ceccè Butteau qui présente la chanson, au début : http://www.youtube.com/watch?v=qP-2qHyoo1Q

 


 

Natale Luciani n’était pas seulement un auteur-compositeur-interprète, militant culturel du Riacquistu, et profondément corse dans l'âme ; il était également un militant politique de la Lutte de Libération Nationale, conscient que la Corse ne se limite pas à deux départements français. Dès les débuts des revendications autonomistes, il embrassa le plus naturellement du monde la cause corse, étant militant à l’ARC (le parti autonomiste emblématique de l’époque), à la CSC (syndicat des étudiants corses), et partisan de l’ouverture d’une Université corse. Natale Luciani était, à l’instar de tous les membres de Canta u Populu corsu, un militant politico-culturel.

À la suite des évènements d’Aleria, au cours desquels le pouvoir central français réprima très sévèrement ceux qui n’avaient rien fait d’autre que de réclamer Justice, le combat des corses s’intensifia, et un an plus tard, (5 mai 1976) naquit le Front de Libération National de la Corse.

L’engagement de Canta u Populu Corsu et a fortiori celui de Natale Luciani se radicalisa également, se rangeant naturellement du côté du peuple corse que l’on opprime, que l’on emprisonne. Natale Luciani fit ainsi, dès les débuts, partie du FLNC. C’est lui qui donna à la Lutte de Libération Nationale sa chanson la plus révolutionnaire, la plus engagée, (chanson longtemps censurée, quasi introuvable en album jusqu’à il y a peu) : l’Armata di l’Ombra (l’armée de l’ombre ; tout un programme !) dont voici un extrait.

 

 

Tutti ribelli

Tutti fratelli

Fin’chì lotta serà

U sangue corsu

Per lu rinforsu

Sempre rinascerà

 

À la riscossa

Tutti à la mossa

Un ghjornu sbuccerà

Indipendenza

Nostra sperenza

U fronte vincerà

 

 

Tous rebelles

Tous frères

Tant que la lutte durera         

Le sang corse

Pour soutenir le combat

Toujours renaîtra

 

À la rescousse

Tous à la lutte

Un jour adviendra

L’indépendance

Notre espérance

Le front [sous-entendu, le FLNC] vaincra

 

 

L’armata di l’ombra (interprétée par Natale Luciani lui-même) : http://www.youtube.com/watch?v=dpXAWC9Skmw

Par Cumpà
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Lundi 8 décembre 2008

Aujourd’hui, le 8 décembre : Fête Nationale Corse.

Le concept de Fête Nationale Corse peut surprendre qui me connait peu, mais peu importe…

La Fête Nationale trouve son origine en 1735 (elle est donc antérieure à la Fête Nationale Française).

Tout d’abord, il faut savoir que la Corse fut, pendant longtemps, sous domination génoise, entrecoupée de diverses tentatives de révoltes.

En 1729 enfin, la révolte, débutée dans le Bozziu contre les percepteurs triomphe, et assez rapidement, presque toute la Corse est libre (hormis Aiacciu, Bastia, Calvi, et Bunifaziu, qui demeuraient des bastions génois).

Les chefs de la rébellion, Giafferi, Paoli, Ceccaldi, Raffaeli, et quelques autres commencent alors à s’organiser dès l’année suivante, en dépit de la guerre que continue de leur faire Gêne et ses alliés (la France et l’Autriche).

Quelques années plus tard, en 1735 : la Cunsulta d’Orezza ; on y élabora la Constitution Corse, et on y proclama l’Indépendance.

Cette Constitution mit la Corse sous la protection de la Vierge Marie, et très précisément de l’Immaculée Conception : que l’on fêtait alors le 8 décembre. C’est précisément à cette occasion que fut choisit l’Hymne National Corse, le Dio vi salvi Regina, qui jusqu’alors n’était qu’un chant religieux célébrant la Vierge Marie.

Fut également décidé que la Fête Nationale Corse serait célébrée, entre autre, par des tirs, en l’air, de mousquet et de canon.

 

Après la conquête française, le lavage de cerveau de la colonisation fit tout pour faire oublier jusqu’au souvenir de cette fête, mais depuis quelques années, depuis le Riacquistu surtout, cette fête est a nouveau fêtée dans toute la Corse ; cette année, il y aura des manifestations organisées, à Corti, à Tavera, à Cervioni, à Bastia, et enfin, à Paris.

Par Cumpà
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Lundi 14 juillet 2008

Bonghjorn’à tutti. Cumu site dapoi a settimana scorsa ? Eiu, va bè. Sò andatu eri in u Cuventu Sant’Antone di Casabianca.

Bien sûr, la question que vous pourriez maintenant me poser, c’est de savoir pourquoi je suis monté à ce couvent superbe (quoiqu’en ruine) hier… encore qu’une bonne partie d’entre vous qui me lisez régulièrement doit bien avoir une petite idée de la raison de ma présence là haut hier.

Pour les autres, brève explication : en 1755, Pasquale de Paoli est alors à Naples depuis quelques années, depuis qu’il a suivit son père dans l’exil, en fait, suite à la première invasion française qui avait, temporairement, mit fin aux désirs de liberté des corses et de la nation corse. Parallèlement, en Corse, le général Gafforj était parvenu à unifier les corses et à reprendre le combat, mais il fut assassiné par trahison en 1753, laissant donc la Corse, sans chef, quoiqu’en passe d’être libérée. Le pouvoir fut donc confié à Clemente Paoli, le frère de Pasquale, resté sur place, qui très rapidement, en appela à son frère, alors dans son exil napolitain. Pasquale reçoit le message, revient (bon, là en fait, j’accélère un peu, car ça ne s’est pas passé aussi directement, aussi rapidement), et le 14 juillet 1755, au couvent de Casabianca, dans la pieve d’Ampugnani, en pleine Castagniccia, une Cunsulta se réunit, qui proclame Pasquale de Paoli Général de la Nation. Ensuite, durant 14 ans, Pasquale de Paoli s’emploiera à diriger la Corse de son mieux, la menant toujours plus loin sur le chemin du progrès et de la démocratie…

Et c’est en souvenir de ce jour majeur pour l’Histoire de notre nation que fut organisée la journée d’hier, comme tous les ans à cette date.

Parti de chez moi une heure auparavant, je suis arrivé sur place un peu avant trois heures, heure prévue. Quoique connaissant parfaitement la Castagniccia, et à plus forte raison l’Ampugnani, lorsque je passe par ces petites routes étroites où le moindre tournant raté ne pardonne pas, je suis toujours émerveillé devant tant de merveilles qui s’offrent à mes yeux. Les petits villages, construits sur le flan de la montagne, sont les seules traces de constructions humaines que l’on y relève. De part et d’autre de la route, on peut noter la présence d’un nombre énorme de châtaigniers, jeunes ou anciens, en bonne santé ou non, et de toute façon, vénérables.

Lorsqu’arrivé sur place, au col de Sant’Antone, là où précisément se trouve le couvent du même nom (le tout étant de savoir lequel a copié l’autre), je n’ai pas pu m’empêcher de rester quelques instants en admiration devant ces ruines d’un autre temps, vestiges superbes, d’une époque où l’on savait construire, entourée de châtaigniers. Encore eux…

Et puis, pour parler de la réunion proprement dite, je dirais simplement que nous n’étions pas très nombreux, au plus une trentaine, et que nous avons assisté à une conférence historique sur le rôle des cunsulte et assemblées dans les temps, en Corse. Il a été astucieusement rappelé que ces cunsulte constituent, pour l’époque, une remarquable représentation démocratique, à l’époque où les chefs d’état en Europe étaient de monarques de droit divin que l’on n’osait qualifier de dictateurs, quoique ce fût le seul terme qui leur correspondît. Pour ces raisons, notre Histoire constitue le meilleur argument qui soit à envoyer à la figure de tous les racistes qui osent nous dénigrer et nous insulter. Pour ces raisons, plus que jamais, nous devons être fiers de notre passé, de notre Histoire, pour bâtir un avenir meilleur, avec sérénité, mais sans compromissions…

Et puis ce matin, lorsque j’ai un peu consulté Internet pour voir si l’on parlait de la Cunsulta de Casabianca depuis hier, je n’ai quasiment rien trouvé… poche micca ! Par contre, concernant, le 14 juillet français (qui par un malencontreux hasard du calendrier, tombe en même temps que le 14 juillet corse), là, par contre, il y en avait des tartines et des tartines… On raconte même que le Maire Très Français Emile Zuccarelli de Bastia (dans les temps, lorsque l’on nommait un roi, il était courant de toujours préciser « le Roi Très Chrétien », d’où mon expression) s’est très surpassé dans l’organisation des festivités, le brave homme… Toujours là pour lécher les bottes à la France… Enfin bon…

Par Cumpà
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Jeudi 8 mai 2008

Per a seconda volta di a ghjurnata, salut’à tutti... Après être resté près d’un mois sans vous donner de nouvelles, il était parfaitement normal que je me rattrape, en écrivant coup sur coup, deux articles... Non ?

Aujourd’hui, c’est le 8 mai. Et c’est aujourd’hui que nous commémorons l’anniversaire de la défaite de Ponte Novu, le 8 et 9 mai 1769, deux jours qui marquèrent à jamais le destin de la Corse (je préfère ne pas dire « qui scellèrent à jamais », car j’ai toujours en moi de l’espérance), deux jours qui sonnèrent le glas de la jeune démocratie corse face à l’absolutisme précolonial français.

Comme ce triste épisode de l’Histoire de la Corse est fondamental, il m’a parut essentiel, primordial, même, avant même que je ne monte aux cérémonies de commémoration, vous décrire ce qu’il s’y est passé…

Je ne reviendrais pas sur le fait que de 1755 à 1768-1769, la Corse fut non seulement indépendante, mais également l’une des premières démocraties moderne ; ça je l’ai déjà dit.

Pas plus que je ne reviendrais sur le fait que Gêne, n’étant plus en mesure de continuer la guerre contre nos armées, pour maintenir son illégitime tutelle, fit appel à la France pour envoyer sur place ses troupes (à ce titre, je rappelle qu’à l’époque, la France avait les armées les plus puissantes du monde… quand on voit ce qu’il en est aujourd’hui, on se dit qu’ils sont tombés bien bas), pour anéantir l’appétit de liberté du Peuple Corse… une marée humaine de soldats français fut alors vomie sur nos côtes, dans le seul but d’écraser les Corses… Les Corses, en très nette infériorité numérique, et nettement moins entrainés qu’une armée de métier, se démarquèrent entre autres choses par leur bravoure aux combats ; ainsi, je ne peux que rendre hommage à Ghjacumu Casella, qui défendit à lui tout seul, la tour de Nonza, dans le cap ! Comment ne pas parler également de la bataille de Borgu, qui fut, en 1768, une superbe victoire du Peuple Corse sur l’armée française, malgré de fortes différences entre l’équipement, les effectifs, et l’entrainement des deux belligérants.

À la suite de cette brillante victoire qui résonnait comme un camouflet dans les hautes sphères du pouvoir français de l’époque, le chef des armées françaises, le marquis de Chauvelin, fut remplacé par le comte de Vaux, et la guerre devint véritablement féroce ! Les soldats français avançaient vers l’intérieur, détruisant tout sur leur passage, ravageant des villages entiers, brulant des maisons, massacrant des femmes, des enfants, de vieillards, détruisant des châtaigneraies, des oliveraies… la guerre dans toute son atrocité, et qui me fait quelques fois penser au calvaire que vécurent les Lakotas (Indiens d’Amériques) face aux colons…

Face à cette avancée des troupes françaises, les Corses se battaient avec toute l’énergie du désespoir, subissant de très lourdes pertes humaines, pour contrer l’avancée des bouchers de de Vaux. L’énergie déployée par les patriotes corses était telle qu’en un peu moins d’un an, les armées royales françaises, qui se déplaçaient vers Corti, n’avait guère fait plus de quelques kilomètres. Mais on ne peut Puis, tandis que les armées françaises progressaient vers l’intérieur, ravageant tout sur leur passage, les positions corses cédaient les unes après les autres. Ainsi, peu de jours avant la date fatidique du 8 mai, les positions de Lentu et de Canavaghja étaient tombées aux mains des français. Il restait à défendre le passage du fleuve, le Pont dit de « Ponte-Novu », dépendance du village de Castellu di Rustinu. À ce titre, le Général de la Nation, Pasquale Paoli, réunit toutes ses armées à proximité du pont, se préparant au pire, face à trois armées françaises, très supérieures en nombre. Mais ce n’était pas encore le pire, car c’est alors que certains officiers corses se mirent à trahir, appâtés par l’argent français. Ainsi, le commandant Rafaelli, au lieu de rejoindre Ponte Novu, demeura inexplicablement à Cannavaghja, tandis que, plus grave encore, le général Gaffori, qui dirigeait l’aile droite de l’armée corse, au lieu de se rendre à Lentu et à Bocca à Tende pour barrer le passage à l’armée française, était resté à Ponte Leccia, où il n’y avait aucun combat à attendre ! (trahison confirmée par la suite lorsque Gaffori se rallia à Louis XV).

Puis dans la journée du 8 mai, une première vague française attaque Ponte Novu. La lutte s’engage, et les patriotes corses sont victorieux… Mais hélas, les patriotes n’avaient fait que repousser le premier assaut, car peu de temps après, le gros des troupes françaises, guidées par le traître Grimaldi, qui avait ouvert aux français le passage de Cannavaghja, assaillirent le pont, suivis peu après par les cavaliers et les canons du comte de Marbeuf, sous-chef de de Vaux. Les commandants corses, voyant leur immense infériorité numérique et matérielle, commandèrent la retraite, mais, l’arrière-garde des patriotes corses, des mercenaires prussiens commandés par de Gentile, qui avaient reçu l’ordre de ne reculer sous aucun prétexte, continuaient d’avancer…

Le neuf mai, au matin, c’était la débâcle. Cette triste bataille fut un carnage sans nom, qui fit plusieurs milliers de morts dans les rangs corses ; de fiers patriotes corses ardents défenseurs de leur liberté et de leur patrie perdirent la vie, et de leur sang, teintèrent les eaux du fleuve en rouge, emportant avec eux les grandes espérances d’une nation vaincue.

Devant un tel massacre, Pasquale Paoli, conscient qu’il ne pouvait plus continuer la guerre face à tant d’injustice, fit cesser les combats et partit en exil pour l’Angleterre. Les français prirent Corti peu de temps après. Venait alors de commencer une nouvelle période de l’Histoire de la Corse, faite de sang, de deuil de douleur, de tristesse et de désolation.

Voltaire dit de cette bataille : « Le courage des Corses fut si grand qu’ils se firent un rempart de leurs morts pour avoir le temps de charger derrière eux et leurs blessés se mêlèrent parmi les morts pour affermir le rempart. On ne voit de telles choses que chez les peuples libres. »

 

C’est pour cela que tous les ans, nous commémorons la bataille de Ponte Novu, et que jamais, jamais nous n’oublierons le calvaire de nos ancêtres qui se battirent pour leur liberté.

 

« O Corsu, ùn ti scurdà di a to storia ; ùn ti scurdà di Ponte Novu. »

 

Sè tù passi pè isse sponde

Pensa à salutà la croce.

 

Qui sò cascati l’antichi

Cantendu à alta voce.

 

Pè difende a liberta

Contr’à u francese feroce.

Par Cumpà
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Mercredi 2 janvier 2008

On me demande souvent pourquoi, en Corse, il se trouve des gens qui veulent l’Indépendance. En général, les personnes qui me posent la question ignorent le plus souvent que moi aussi, je la désire, l’Indépendance. La première réponse qui me vient à l’esprit lorsqu’on me pose cette question, est une réponse qui peut sembler relever de l’irrationnel. L’Indépendance, nous la voulons (quand je dis « nous », je ne parle, malheureusement pas de la totalité des Corses, mais de ceux qui veulent l’Indépendance), parce qu’au fond de nos cœurs, nous ne nous sentons ni français, ni italiens, mais tout simplement corses ; parce qu’au fond de nos cœur, nous sentons que la Corse n’est ni française ni italienne, mais tout simplement corse, parce que nous désirons ardemment d’avoir le droit d’exister en tant que Corses.

Bien entendu, cette explication peut paraître bancale à plus d’un titre. Certains « rationalistes » pourraient même me faire remarquer qu’ils n’en ont rien à foutre de mes état d’âmes, et que la Corse est pauvre, que les Corses sont fainéants, indigne de posséder un pays aussi beau, et que je suis quelqu’un qui, au mieux, n’a aucun sens des réalités, et au pire, profite d’une pseudo revendication indépendantiste pour camoufler des activités mafieuses et racistes. À ceux-là, je ne leur répondrais rien, car je risque de ne pas rester poli ; de toute façon, cette engeance de criticoni, trolls et assimilés, ne mérite pas que je m’adresse à eux.

À ceux qui critiquent intelligemment (et Dieu merci, il y en a), je leur assure que la Corse peut parfaitement être libre et indépendante, car la Corse n’est pas un pays pauvre, c’est un pays appauvri, notamment par les lois douanière de sinistre mémoire (taxe unilatérale sur les produits corses), et les subventions abusives. Quant aux accusations de dérive maffieuse, je dirais simplement que les maffieux, il y en aura certainement nettement plus dans les rangs de ceux qui se satisfont du système, que dans les rangs de ceux qui veulent le changer.

Mais je pense qu’il est impossible de comprendre la Corse sans faire un bref rappel historique de l’Histoire de la Corse.

Depuis la fin du Moyen-âge, la Corse, appartenait à Gêne (après avoir appartenue à Pise et au Royaume d’Aragon, entre autres choses). À plusieurs reprises, la Corse tenta de se libérer de ses occupants dont la rapacité était anecdotique, mais le pouvoir répressif était sans cesse plus fort que la volonté du Peuple. En 1729, cependant, les Corses se révoltèrent en masse contre l’occupant, et en 1730, la quasi totalité de l’île étant libérée, ils établirent leur propre gouvernement, un gouvernement parfaitement démocratique, véritable prouesse pour l’époque, et se choisirent un roi extérieur, en la personne du baron allemand Théodore de Neuhoff, couronné sous le nom de Théodore 1er, dont le règne dura moins d’un an, car Gêne, aidée par la France et par l’Autriche, envahit une nouvelle fois la Corse, et la résistance corse se poursuivit durant une assez longue période avec des haut et des bas. Dans les années 1740, c’était Ghjuvan’Petru Gaffori qui mena la résistance corse, mais il fut assassiné en 1753. En 1755, Pasquale Paoli arriva, et devint chef d’état (la Corse, dans sa quasi-totalité étant libre) : il organisa un gouvernement démocratique avec séparation des trois pouvoirs (législatif : Cunsulta Naziunale ; exécutif : Cunsigliu Supranu ; judiciaire : magistrats indépendants), vote des femmes (oui !), liberté de culte (oui !), et mise en valeur de la Corse… Hélas, cela ne dura pas, car Gêne, n’ayant plus les moyens de continuer la guerre, demanda à la France de l’aide militaire, en échange de laquelle, Gêne donnerait la Corse à la France, jusqu’à ce que la France considère que la dette génoise a été payée. Ce honteux marché dénoncé par Voltaire et Rousseau, fut mené par Choiseul, ministre de Louis XV qui désirait ardemment s’emparer de la Corse pour compenser la perte du Québec par la France. Bien entendu, le Peuple Corse s’opposa à cette magouille, et se révolta en masse tandis que l’armée la plus puissante du monde de l’époque débarquait en force sur notre île, pour se battre contre des rebelles qui n’étaient pas à proprement parler des soldats mais des hommes du Peuple souverain. Malgré tout, la valeur de ces hommes du Peuple fut si grande que la guerre dura cependant un an pour que Paoli ne s’avoue vaincu (avec la triste défaite de Ponte Novu, le 8 et 9 mai 1769, date que nous commémorons toujours à l’heure actuelle). Venait de commencer une sinistre période de l’Histoire de la Corse, avec son lot de massacre et de destruction…

Les Corses essayèrent, et ce, jusque dans les années 1810-1820, de se battre contre les envahisseurs pour recouvrer leur liberté, mais les armées d’occupations étaient en nette supériorité numérique et militaire. Puis, le gouvernement français entreprit, par le biais des écoles, un insidieux lavage de cerveaux des jeunes générations tandis qu’ils distribuèrent sans compter de l’argent à ceux qui se soumettaient, tout en continuant la répression contre ceux, de moins en moins nombreux, qui résistaient encore, et qui étaient taxés de bandits par une propagande colonialiste mensongère. Heureusement, certains n’avaient pas oublié le passé, et dans la continuité des résistants corses du XVIIIème, fondèrent les premiers mouvements corses autonomistes, dès le début du XXème. Hélas, les difficultés internes, et en particulier les guerres, firent que la revendication autonomiste fut laissée un temps de côté, et cela jusque dans les années 1960… puis, dans les années 1960, la revendication corse revint peu à peu à la vie… Ensuite il y eu Aleria, dont j’ai déjà parlé…

Ce bref rappel, peut être un peu trop long, avait pour but de démontrer que la Corse n’a jamais été achetée, et que seuls les Corses ont le droit de définir leur destin.

J’espère vous avoir ouvert l’esprit quant aux revendications légitimes des Corses et du Peuple Corse.

Par Cumpà
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Samedi 15 décembre 2007
Per a quarta volta, salute à tutti.

Bouh ; déjà mon troisième message. Apparemment, je n’arrive plus à me passer de vous. Vanité, quand tu nous tiens.

 

Enfin, bref… plus sérieusement, ce dont je vais vous parler aujourd’hui, est nettement plus politique, même si ce n’est pas à proprement parler de l’actualité, encore que… Je vais vous parler d’Aleria, non pas du village (quoi qu’il mérite un intérêt, mais ce n’est pas là le propos), mais des évènements d’Aleria, survenus le 21 et 22 août 1975.

 

J’entends toujours dire une quantité d’âneries, concernant Aleria. Beaucoup de gens parlent d’Aleria sans savoir ce qui s’y est véritablement passé, mais il est vrai que « Les personnes de qualités savent tout sans n’avoir jamais rien apprit », Molière, Les Précieuses Ridicules (citation que j’ai tendance à ressortir souvent ; il faudrait que je me renouvelle un peu). Je vais vous le dire ce qui s’y est passé, mais je ne vais pas vous décrire les deux jours fatidiques qui ont marqué l’Histoire de la Corse à jamais, mais également les évènements des années précédentes.

 

 

Avant 1944 : de très nombreux terrains de plaines infestés de malaria, donc inutilisables

1944 : les Américains arrivent (seconde guerre mondiale), ils inondent la plaine d’insecticide, et les terrains sont donc débarrassés des moustiques. Ils sont attribués quelques temps après, à la société SOMIVAC, chargée de la mise en valeur agricole de la Corse

1962 : Indépendance de l’Algérie, les Pied-noir vont, en majorité en Corse. La SOMIVAC leur attribue 90 % de ces terrains (Michel Rocard lui-même reconnaitra que c’était un appel à la guerre civile)

Années 60 et après : les Pieds-Noirs s’installent. Si la majorité d’entre eux sont des gens qui ne posent aucun problème (reconnaissons-le), il y en a quelques uns (pas plus d’une dizaine) qui ont une conception particulière de la viticulture : ils plantent des cépages non sélectionnés, et après la récolte, pour augmenter la quantité, ils ajoutent de l’eau, de la glycérine, des lies de raisin, et du sucre dans le vin (je ne vous dis pas la qualité) la quantité augmente de 300 %.

Années 70 : le gouvernement interdit ces pratiques. Pour se rattraper, ils (un petit nombre de Pieds-Noirs précité) achètent le vin à des viticulteurs corses qu’ils revendent. Le système ne dure pas longtemps, et assez rapidement, l’un d’eux, Henri Depeille, fait banqueroute : il doit 6 millions de nouveaux francs à cinq confrères, qui eux-mêmes doivent de l’argent à la majorité des viticulteurs corses, qu’il n’a pas les moyens de payer. Avec eux, et avec l’accord de la Banque, il crée alors une société-écran, la COVIREP, dont le but est de rembourser les dettes.

1974 et 1975 : la COVIREP fait faillite à son tour, et les dettes deviennent totalement énormes (beaucoup plus que les dettes initiales). Pourtant, la Justice ne fait rien, le gouvernement de l’époque (Giscard, Chirac, Poniatowski) veut étouffer l’affaire. Et les petits viticulteurs corses ne sont toujours pas remboursés. L’ARC (mouvement autonomiste de l’époque, dirigé par les frères Simeoni), propose une solution : les 6 escrocs revendent leurs terrains, et avec l’argent récolté, payent leurs dettes. Cette solution, qui aurait pu marcher, et éviter un bon paquet d’ennuis, est rejetée par le Gouvernement et la Banque, qui décident d’une autre solution : la Banque prête aux petits viticulteurs créanciers le montant de leurs dettes, mais ils devront ensuite rembourser cette somme avec intérêts !

C’est pour cette raison qu’Edmond Simeoni et quelques autres militants de l’ARC décidèrent d’occuper la cave vinicole d’Henri Depeille : pour dénoncer publiquement ce scandale. L’occupation était censée être pacifique et ne durer que 4 jours (du jeudi au dimanche), et se solder par une conférence de presse, mais dès le vendredi, 4000 gendarmes mobiles lourdement armés investirent les lieux pour arrêter les occupants sans rien négocier. Edmond Simeoni, conscient qu’il était dans son bon droit, ne pouvait faire cela.

Cette action fut l’acte de naissance du nationalisme corse moderne.

 

J’espère avoir contribué à ouvrir l’esprit à ceux qui ignoraient ce que je viens de dire. En ces temps sombres où la justice française semble manquer de… justice, en condamnant un homme au bénéfice du doute, je pense qu’il est bon de rappeler que les Corses savent se défendre

Par Cumpà
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