Bonjour à tous, chers lecteurs quotidiens qui êtes venus tant de fois en ce lieu de perdition à guetter quelques
rares nouveautés, et qui toujours êtes repartis déçus de par la stagnation de ce blog ; et qui êtes toujours revenus de moins en moins nombreux, toujours dans l’espérance d’un article neuf,
mais qui toujours êtes repartis déçus, pour revenir, de moins en moins nombreux.
Aujourd’hui,
votre peine s’achève. Aujourd’hui, enfin, j’ai quelque chose à vous conter. Aujourd’hui, enfin, j’escompte publier quelque chose, et je pense qu’il n’est que trop temps si je ne veux vous voir
tous vous en aller.
Cumu site,
voi, dapoi u tempu ? Moi, je vais bien. J’ai pas mal de travail en ce moment, et c’est uniquement pour ça que je n’avais plus écrit depuis longtemps. Mais arrêtons de chercher des excuses,
et place au discours.
Depuis la dernière fois que j’avais écrit sur ce blog, il s’en est passé, des choses. Entre une averse de neige,
une tempête de neige, quelques belles photos de neiges, et surtout malheureusement des villages de montagnes complètement bloqués durant quelques jours par la neige, il a fait très
froid.
Mais aujourd’hui, depuis ces dernières semaines, le froid paraît s’en être plus ou moins allé, et l’on sent comme
un souffle printanier qui déjà assure la transition entre la poésie hivernale et la poésie printanière dont le but sera de nous conduire à la poésie estivale.
Et au milieu de tout cela, l’élection territoriale !
Comment ? Qu’entends-je ? Vous me demandez de quelle élection je parle ? Aiò, aiò ! Vous me
macagnez, j’espère… Ils n’ont parlé que de ça, les journalistes, à la télévision, durant le mois précédents, et encore plus durant les récentes semaines, et encore plus durant… oui, vous avez
comprit ? Il était temps !
Ah ? En fait, vous aviez comprit depuis le début, mais vous avez juste fait ceux qui ne compreniez rien parce
que vous en aviez marre d’entendre parler de partout de cette élection, où chacun dit la sienne. Je peux le comprendre. Vous en avez certainement eu marre d’entendre tous ceux que vous connaissez
vous demander de voter pour l’un ou pour l’autre, de retrouver tant de prospectus apposés durant votre absence sur votre voiture, ou d’entendre tant de discours politiques à chaque fois que vous
allumez votre télévision.
Mais c’est comme ça ! La Corse est une terre de politique ! Et de football, aussi !
Mais aujourd’hui, pour le football, au vu des résultats de nos équipes, je pense qu’il est mieux de parler de
politique.
Voici donc…
Dans un premier temps, il est primordial de préciser que cette élection, appelée régionale en France, mais
territoriale en Corse depuis la mise en place de la Collectivité Territoriale de Corse, la fameuse CTC (c’est vrai que nous ne jamais faisons rien comme les autres nous, mais peut être est-ce
parce que nous ne sommes par français), est celle qui présente l’intérêt le plus important pour nous tous.
Rien d’étonnant lorsque l’on sait que c’est cette élection qui se rapproche le plus de l’élection d’une sorte de
pouvoir corse, même si les pouvoirs de l’assemblée territoriale sont bien restreints, il faut bien commencer par quelque chose. De plus, c’est la seule élection où l’on puisse espérer une
représentativité de toutes les forces politiques corses, et pour cela, son intérêt est plus important encore.
Je commencerais donc par présenter les forces politiques en présence sur les listes. Bien évidemment, je
commencerais par la présentation des clanistes, ceux qui détiennent le pouvoir depuis bien trop longtemps.
Le plus beau d’entre eux, et le premier qui me vient à l’esprit, est tout naturellement Emile Zuccarelli, le maire
de Bastia. Surnommé Milou a Zucca, ou plus méchamment Scruccarelli, il détient la mairie depuis 1989 (je ne parlerais pas de la brève époque durant laquelle il a abandonné son titre de maire à un
adjoint pour devenir ministre ; c’est sans intérêt). Avant lui, de 1968 à 1989, le maire de Bastia était Jean Zuccarelli, son père. Avant la guerre, le maire de Bastia était Emile Sari,
parent par alliance avec Jean Zuccarelli (qui était déjà antérieurement maire de Santa Lucia di Mercuriu dans le Boziu). Mais attention, cela ne s’arrête pas là ! Car Emile Sari était déjà
le neveu d’Auguste Gaudin, maire de Bastia au XIXème siècle !
Pour savoir qui était maire avant Auguste Gaudin, il faudrait piocher dans les archives, mais je préfère vous
annoncer tout de suite que je n’ai pas la réponse.
Mais maintenant qu’Emile II Zuccarelli commence à se sentir un peu vieux, surtout après sa défaite aux
législatives de 2007 (au cours desquelles il perdit contre Gandolfi-Scheit (le maire, de droite, de Biguglia), il semble se préparer à laisser le pouvoir à son fils Jean (il faudrait dire Jean
II), 44 ans, agent d’assurance, habitant en Corse depuis 2006 (ce qui lui aurait largement laissé le temps de bien connaître son pays), conseiller municipal à Bastia depuis 2008, chargé des
décorations de Noël (poste d’une importance extrême !), et très bien placé, au premier tour, sur la liste de papa. Notre Jean Sarkozy à nous !
Pour reparler du père, j’ajouterais également qu’il a passé les vingt dernières années de sa vie à toujours
s’opposer à toute avancée, à toujours voter contre tout ce qui aurait pu faire changer quelque chose pour la Corse ; un partisan de l’immobilisme parmi les plus
caricaturaux !
Bien entendu, nous pouvons nous demander comment un tel personnage puisse demeurer en place sans aucun programme
électoral. La réponse n’est que trop simple : le clan ; le système du clan ; le clanisme. C’est cela qui le maintient en place. À chaque élection, il est toujours prêt à donner
quelques sous à ses électeurs, promettant un emploi à l’un, un logement social à l’autre, une place de parking à un troisième,… voire même des réfrigérateurs ! (ne riez pas, l’exemple des
réfrigérateurs est authentique !), mais tout cela sans aucun programme réel. En réalité, il s’agit d’utiliser son pouvoir d’élu pour continuer de demeurer élu. La plus belle définition qui
soit d’un politicien démagogue. La route de la facilité, car il est toujours plus facile de faire des petits cadeaux que d’avoir de véritables idées.
C’est de cette manière là qu’il se maintient à la mairie de Bastia (c’est également ainsi que bien d’autres se
maintiennent). Pourtant, s’il est très bien implanté sur la ville de Bastia, où il remporta une très large majorité, presque absolue, des suffrages, durant les municipales de 2008, sa popularité
dans le reste de la Corse s’est quasiment effondrée par rapport aux précédentes territoriales, le faisant passer de 18 % (en 2004) à 8 %.
Belle déroute lorsque l’on sait que c’était lui qui, avec son complice, le sénateur Nicolas Alfonsi, était à
l’origine du haussement de la barre minimal pour le maintien au second tour, de 5 % à 7 %. Cela dans le but de se débarrasser une fois pour toutes des nationalistes et des communistes. Pourtant,
avec son petit 8 %, il a fait moins que les deux listes nationalistes et la liste communiste. Ça lui va bien !
Malheureusement, Emile Zuccarelli est loin d’être notre unique chef de clan, car il y a aussi les autres, qui
fonctionnent de la même manière, mais qui sont là aussi. Celui qui vient juste après ne peut être que Camille de Rocca Serra, député de Porti Vechju, ville dont il est également maire par
procuration (puisque le maire actuelle n’est rien d’autre qu’un homme de paille, placé à ce poste dans la mesure où la loi contre le cumul des mandats le lui interdit). C’est le fils de Jean-Paul
de Rocca Serra, le renard argenté (mort en 1998 à 87 et demeuré au pouvoir jusqu’à sa mort), qui était déjà le fils de Camille Ier de Rocca Serra, fils de Jean Paul Ier de Rocca Serra, qui était
déjà apparenté avec la famille Abbatucci, détentrice du pouvoir à Porti Vechju avant les de Rocca Serra.
Une autre dynastie maintenue en place par le système du clan et du clientélisme. Le même système qui a si bien
profité aux Zuccarelli.
Sans avoir ni le charisme ni l’intelligence de son père, Rocca Serra junior, à la tête de l’Assemblée de Corse
depuis 2004, fit la brillante démonstration de sa totale incompétence en matière de politique et de gestion. Il se fit tout particulièrement remarquer en téléphonant systématiquement à Sarkozy à
chaque fois qu’il y avait une décision importante à prendre. Il se fit également remarquer avec son PADDUC, très certainement élaboré par des amis à lui, projet dont je n’ai que trop parlé.
C’était lui, le très jet-set et bling-bling (pour reprendre une expression consacrée) politicien qui entendait faire de la Corse une réserve pour les riches, les affairistes, et les spéculateurs…
un grand ami de Nicolas Sarkozy et de Christian Clavier.
Il avait fait, au cours de sa mandature, tant de dégâts à la tête de la Corse, que même plusieurs hommes
politiques de droite ont publiquement déclaré avoir honte de lui (comme Jean Baggioni, par exemple), et que même arrivé en tête à l’issue du premier tour, il était clair qu’il était le grand
perdant des élections, car il n’avait aucune possibilité d’alliance avec personne. Il a même été battu par la liste autonomiste dans sa ville de Porti Vechju ! Et au cours des deux tous, en
plus !
Une déconfiture historique qui, je l’espère, se poursuivra au moins jusqu’aux prochaines
municipales.
Nous en arrivons au principal vainqueur de ces élections, et qui est également le dernier grand chef de clan qu’il
nous restait encore à voir : Paul Giaccobi.
Fils de François Giaccobi, lui-même fils de Paul Ier Giaccobi, lui-même fils de Marius Giaccobi, fils de Formose
Giaccobi,… dynastie qui remonte au début du XIXème siècle ! Encore une vielle famille du clan.
Au contraire de son père qui était antinationaliste primaire, à l’instar de l’Emile Zuccarelli actuel, Paul
Giaccobi, lui, parait toujours beaucoup plus ouvert au dialogue et à la discussion. Mais ne nous y trompons pas ! Cela signifie juste qu’il est beaucoup plus malin que Zuccarelli, car au
lieu de ressembler à un bâton inflexible, qui pointe toujours dans la même direction (un proverbe français dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis), et dont la seule
politique, outres son clientélisme patenté, consiste en une condamnation inconditionnelle du mouvement national, Giaccobi, quant à lui, a toujours fait celui qui voulait faire avancer les choses.
Il n’en est que plus dangereux que Zuccarelli, car plus intelligent et plus subtil, car sous ses allures d’anguille, il est très rusé.
Ah oui ; j’ai oublié de vous le dire : Paul Giaccobi est au PRG, au même titre qu’Emile Zuccarelli,
d’ailleurs. Cela dit, lorsque l’on parle du clan, le parti politique n’est qu’accessoire, puisque la politique demeure la même.
Il reste encore à parler des listes non-claniques. Au-delà de la liste communiste, de celle de Simon Renucci et
des petites listes, je veux bien sûr parler des listes du mouvement national ; autonomistes et indépendantistes, pour lesquelles, je tiens à dire, dans un premier temps, qu’il n’y figure
aucune pratique du clanisme traditionnel ; car là, on a quelque chose à proposer. Il est possible d’être partisan, ou au contraire, détracteur des propositions formulées par chacune des
listes, mais il est en revanche impossible d’affirmer qu’elles n’ont pas de programme. Ainsi, Femu a Corsica ne peut s’assimiler au seul Simeoni comme Corsica Libera au seul Talamoni, ou tout au
moins, tel est mon avis.
Il n’y a eu, à aucun moment, la réalisation d’une alliance entre les deux listes. Personnellement, une alliance ne
m’aurait pas à proprement parler déplu, mais je considère cependant qu’ainsi, les choses sont claires ; les autonomistes à Femu a Corsica, et les indépendantistes à Corsica Libera. De toute
manière, les deux listes ne sont pas ennemies, et nous pouvons toujours discuter.
Au premier tour, comme je l’ai déjà dit, la droite a été défaite. Emile Zuccarelli s’est effondré, tandis que les
grands gagnants de ces élections furent Paul Giaccobi, les communistes, et les nationalistes. Pour parler de ces derniers, il faut dire qu’avec un total de presque 29 % des voix, on peut parler
d’une élection historique.
Les jours qui suivirent le premier tour, Giaccobi organisa l’union de toute la gauche (lui-même, les communistes,
les zuccarellistes, et ceux qui avaient suivit Simon Renucci, le maire socio-bonapartiste d’Ajaccio) dans son village de Venacu (choisit pour bien montrer qu’il était maître) pour la création
d’une liste commune, sur laquelle il s’imposa tête de liste. Dominique Bucchini obtint la future place de Président de l’Assemblée de Corse, et Giaccobi celle de Président du Conseil Exécutif,
demeurant ainsi l’homme fort de la Corse. Emile Zuccarelli se retira purement et simplement de la liste (c’est déjà ça), mais il parvint à placer son fils en bonne position sur la liste d’union
de la gauche. Je pense que l’on peut avoir confiance en ce self-made-man bastiais qui, même s’il n’avait pas été le fils de qui vous savez, se serait quand même retrouvé à la cinquième place de
la liste.
Dans le même temps, la droite, aux abois, organisa elle aussi quelques réunions. La peur ne manqua pas de leur
inspirer quelques conn… Ainsi, Stéphanie Grimaldi déclara, sans rire, qu’avec Bucchini, un communiste (sacrilège suprême pour la droite) à la tête de l’Assemblée, la Corse deviendrait comme Cuba
ou la Corée du Nord ! (même si ce n’est pas une blague, vous pouvez rire). Quelqu’un d’autre déclara également qu’avec les autonomistes au pouvoir, les jeunes auraient l’infâme obligation
d’apprendre à parler corse ! (si seulement ça pouvait être vrai)… C’en était pathétique !
Au second tour, Giaccobi fit, comme prévu, un très bon score (quoique sans obtenir la majorité absolu qu’il avait
tant désiré), suivit par de Rocca Serra, par les autonomistes, et par l’indépendantistes (qui à eux deux obtinrent un total de voix supérieur à la droite, et presque autant que la gauche, à
seulement mille voix près).
Pour moi, cette élection marqua réellement l’effondrement de l’immobilisme et de la droite façon Sarkozy. Enfin de
nouvelles perspectives semblent s’ouvrir.
Quelques jours plus tard, Bucchini fut élu, sans surprise, Président de l’Assemblée de Corse, et Giaccobi, le
nouveau vrai maître du jeu, Président de l’Exécutif. Ainsi donc, le grand gagnant du pouvoir fut donc Paul II de Venaco. Certes, je pense qu’il pourra difficilement faire pire que ses
prédécesseurs, mais pour être totalement francs, je n’ai aucune confiance en ce trop mielleux personnage, adepte de la langue de bois et des promesses à répétition, qui manque totalement
(volontairement ?) de clarté pour un vrai chef.
Enfin, on verra bien.
Je conclu cette revue par la liste de tous les élus de la nouvelle Assemblée (sans évoquer le Conseil Exécutif,
qui à l’heure actuelle, n’est pas encore élaboré) :
Liste d’union de la gauche :
Paul GIACOBBI
Emmanuelle DE GENTILI
Dominique BUCCHINI
Vanina PIERI
Jean ZUCCARELLI
Marie-Thérèse OLIVESI
Jean-Louis LUCIANI
Maria GUIDICELLI
Pierre GHIONGA
Pascaline CASTELLANI
Antoine ORSINI
Marie-Hélène PADOVANI-VALENTINI
Michel STEFANI
Josette RISTERUCCI
Paul-Marie BARTOLI
Rosy FERRI PISANI
Jean-Charles ORSUCCI
Viviane BIANCARELLI
Balthazar FEDERICI
Simone CALENDINI
Jean-Baptiste LUCCIONI
Laetitia CASALTA
Etienne BASTELICA
Annonciade NIELLINI
Liste Rocca Serra :
Camille DE ROCCA SERRA
Anne-Marie NATALI
Ange SANTINI
Stéphanie GRIMALDI
Jean-Jacques PANUNZI
Diane BEDU
Antoine SINDALI
Christine GUERRINI-LIMONGI
Marcel FRANCISCI
Nathalie RUGGIERI
Etienne SUZZONI
Marie-Antoinette SANTONI-BRUNELLI
Liste Femu a Corsica
Gilles SIMEONI
Nadine NIVAGGIONI
Jean-Christophe ANGELINI
Agnès SIMONPIETRI
Jean BIANCUCCI
Christine COLONNA
Xavier LUCCIANI
Mattéa LACAVE
Hyacinthe VANNI
Fabienne GIOVANNINI
Michel CASTELLANI
Liste Corsica Libera:
Jean-Guy TALAMONI
Véronique SCIARETTI
Paul-Félix BENEDETTI
Josépha GIACOMETTI.