Bonghjorn’à tutti, dop’à’ssa
longh’assenza, sò di ritornu, per almenu un’articulu : quessu.
La dernière fois que je m’étais
exprimé sur ce blog, c’était… Eh ! C’était il y a au moins deux semaines ! Piombu !
Et depuis, plus rien. Nunda
nunda. On dirait que mon blog tend à s’empoussiérer
Mais autant vous le dire
franchement, si je suis resté muet tant de temps, c’est aussi parce que je n’ai pas l’habitude de parler pour ne rien dire. Certes j’aurais pu parler de l’actualité, après tout, il y en a eu, des
faits marquants, récemment ; de la répression coloniale au Tibet (dont j’ai parlé dans mon autre blog), à la semaine sainte (dont j’ai également parlé dans mon autre blog), en passant par la
grotesque arrestation de Stéphane Colonna, coupable de… aller, essayez un peu de deviner… de… d’avoir prit des photos de la prison où se trouve son frère ! Non mais quel crime
abominable ! Décidément, les forces de répression (pour ceux qui ne seraient toujours pas habitués à mes expressions, je parle là des forces de l’ordre, enfin, quand je dis
« ordre », c’est une manière de parler) n’ont pas peur du ridicule ; et heureusement que le ridicule ne tue pas… Enfin, si je me permets de sourire de la bêtise des fonctionnaires
de police qui l’ont arrêté, c’est uniquement parce qu’il a vite été libéré…sinon, je râlerais, avec la ténacité cumpallienne que vous me connaissez.
Quant aux décevantes élections
municipales, rien de spécial à en dire ; comme je l’avais prévu, les clans sont restés en place, même si l’on ne peut que se réjouir du fait qu’ils aient quand même tremblé à Purti Vecchju.
(Désolé Paul Krent, il n’est pas à proprement parler prévu que je m’attarde sur Venacu, mais si toi, tu veux écrire un article, rien ne t’en empêche, tu n’as qu’à le mettre en tant que
commentaire, et je m’occupe du reste).
Sinon, je tenais également à
vous parler, sur un ton beaucoup moins trivial, d’une chanson du groupe l’Albinu, reprise dernièrement par le groupe l’Abbrivu ; cette chanson, s’appelle Sciringa. Bon, j’en vois déjà qui se
moquent de moi, qui disent qu’il était temps que je la découvre, cette chanson, étant donné qu’elle est sortie pour la première fois en album (qu’à l’époque, on appelais 33 tours), en 1987. Et
bien moi, je vous répondrais que je fais comme je peux, moi aussi… et puis j’ai pas que ça à faire d’écouter de la musique ; je travaille, moi aussi (enfin, des fois…).
Bref, Sciringa, moi, je ne
savais pas ce que voulais dire ce mot… On ne va quand même pas en faire toute une histoire, même pour quelqu’un, comme moi, qui parle bien le corse, je ne peux pas connaître tous les mots ;
quant à prétendre que vous, (ainsi que moi, d’ailleurs), vous connaîtriez tous les mots corse, voire tous les mots français, je considère que cela relèverait du
prosélytisme-œcuménique-substantiel-structuraliste de base (si quelqu’un a une idée de ce que ça veut dire, merci de bien vouloir me l’apprendre).
Bref, pour en revenir à la
chanson Sciringa, je dirais, pour être tout à fait exact, que je l’avais plusieurs fois déjà écoutée, aussi bien la version originale que la reprise, et que, porté par la mélodie et la musicalité
des mots, je n’avais jamais vraiment écouté ce que disaient vraiment les paroles, quoiqu’il m’avait toujours semblé que cette chanson était triste (mais très belle).
Il y a quelques temps, je me
suis penché en vrai sur les paroles, avec le texte sous les yeux, et, lisant clairement ce qu’il y avait écrit, j’ai enfin comprit, non sans horreur, de quoi parlait réellement la chanson.
Si le premier couplet peut
sembler généraliste, le second couplet, qui commence, par « quella pulveretta bianca ind’e lu sachitellu, durante una stonda ti face sunnià » (pour ceux qui ne comprennent rien au
corse, voici l’équivalent en français, et non pas la traduction littérale : cette poussière blanche, dans le sachet, pendant un instant, te fait rêver, quoique ce soit moins poétique en
français), puis plus tard : « mà sopr’à tutti li tuvoni di li to bracci, ùn sai quanti manghjoni si lascianu ingrassà » (mais au-delà de tous les trous de tes bras, tu ignores
combien d’ordures (ce n’est pas la traduction exacte du mot, mais j’adapte) s’enrichissent) ne laisse guère de place au doute quant à savoir de quoi parle cette chanson : elle décrit (et
dénonce) tout l’enfer de la drogue, qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, fait bien des ravages, dans notre belle île ancestrale, contribuant ainsi à enrichir toute une clique de
gangsters et maffieux, sans âme et vendeurs de mort, qu’il nous faudra bien, un jour ou l’autre, combattre. Mais au-delà de ma condamnation solennelle des trafiquants de drogues, il faut
également se demander pourquoi certains jeunes sont à ce point tentés par les paradis artificiels, qui se révèlent en fait être un enfer réel ? Pour faire comme les copains ? Pour
passer pour des durs ?, Ou pour fuir une réalité devenue insupportable ? Mais dans ce dernier cas, quelle est donc cette réalité si insupportable ? Ne vivons nous pas sur une terre
idyllique, riche en traditions ancestrales et en patrimoine, forte d’une histoire glorieuse, plusieurs fois conquise, jamais soumise, et qui toujours continue de se battre, pour maîtriser, plus
que jamais, les rennes de son destin ? Certes l’on peut penser qu’il existe, sur cette terre de Corse, de nombreux points négatifs, comme la disparition souhaitée par l’Etat français, de
notre culture, l’augmentation du coût de la vie, l’absence de projets à long terme, la dépossession immobilière, la bétonisation littorale, l’urbanisation effrénée non contrôlée des villes,
l’exil, en France, de nombreux Corses, la fraude électorale massive, qui accompagnée par un clientélisme forcené, maintient le clan au pouvoir, sans aucune perspective d’avenir, la répression
coloniale effrénée (qui comme par hasard, rechigne à s’en prendre aux gangsters, maffieux et trafiquants de drogue, alors qu’elle emprisonne de nombreux défenseurs de la Corse ; pas de
problème, on a très bien comprit de quel côté se trouvait en réalité ceux qui se prétendent « les forces de l’ordre »)… Mais justement, puisqu’il y a tant de problèmes, pourquoi, au
lieu de les fuir dans l’enfer de la drogue, ne pas les affronter en face, en vue de construire une Corse meilleure ? Il y a tant de choses à faire pour faire de notre pays un véritable
paradis, pourquoi rester inactif ? C’est la question que je pose.
Cependant, la chanson Sciringa
(au fait, j’ai cherché, Sciringa, ça veut dire « seringue », évidemment), se termine sur une note plus optimiste : « À’ssa manu tesa contr’à la to morte, u spinu ùn li
girà » : littéralement : ne tourne pas le dos à ceux qui te tendent la main pour échapper à la drogue, et ainsi, à ta mort. Exactement ce que j’ai dit.